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Mon intérêt pour le Tibet

2009, par Jean-Paul Desimpelaere


En 1985, j’ai eu l’occasion d’accompagner en Chine rurale un journaliste d’un célèbre quotidien belge. Il désirait réaliser un reportage à propos de la réforme agraire : dissolution des communes et redistribution des terres aux familles paysannes. J’ai toujours estimé que pour bien connaître un pays, il est nécessaire de s’intéresser en premier lieu à la majorité de la population de ce pays. A cette époque, 80% des Chinois étaient des agriculteurs. C’est pourquoi je fus d’emblée enthousiaste à l’idée d’aller interroger des familles chinoises vivant à la campagne. Toutefois, grande fut ma consternation de constater que le journaliste avec qui je voyageais s’intéressait plus au confort des hôtels, à la charmante guide et interprète qui nous accompagnait, et même à un vendeur de Bibles sur le Bund de Shanghai, qu’à la réforme agraire. Décrire les réalités quotidiennes d’une population – peu connues en plus ! -, cela ne le stimulait pas : aucun scandale, rien qui puisse indigner ses lecteurs, cela n’allait pas se vendre. Mon intention n’est pas de commencer le procès des journalistes, mais je vous rapporte cette anecdote parce que c’est justement ce manque d’intérêt de la part de mon coéquipier qui a provoqué en moi l’envie d’écrire à sa place.

En 1991, ma profession m’a amené à organiser une expédition d’alpinistes belges au Tibet. Elle était accompagnée par une équipe de la télévision flamande dont le directeur était un farouche anti-chinois. Pour lui, les « bons » étaient les moines tibétains ; cela allait de soi. Durant l’expédition, à laquelle il participait, je fus pourtant sidéré du manque d’intérêt qu’il portait aux Tibétains eux-mêmes, exception faite quand ceux-ci se prosternaient ventre à terre devant un temple ou une statue, ou quand ils faisaient tourner leur moulin à prières. La vie quotidienne, les travaux des champs, les conditions difficiles dans lesquelles se débrouillaient les Tibétains : tout cela, il ne le voyait même pas, parce que selon lui, un « bon Tibétain » est un Tibétain qui prie. Il pointait du doigt chaque ruine qu’on rencontrait sur la route, même celle d’une simple maison paysanne, en s’écriant : « encore l’œuvre des Chinois ! » A l’époque, je n’avais pas encore assez d’informations et de connaissances pour lui répondre et nuancer ses propos. Cela m’énervait et je me suis juré – à 5.000 mètres d’altitude ! - que je comblerais mes lacunes à propos de l’épineuse « question tibétaine ».

une prairie au Tibet du nord une prairie au Tibet du nord, (photo jpd, 2005)

C’est pourquoi, par la suite, je suis retourné à plusieurs reprises au Tibet ainsi que dans les provinces limitrophes où vivent aussi de nombreux Tibétains. Je me suis procuré et j’ai étudié une grande collection d’ouvrages à propos du Tibet : études historiques, politiques et sociologiques dont les opinions sont devenues plus diversifiées à partir des années nonante. Sur place, comme tout le monde, j’ai visité les monastères et j’ai bavardé avec des lamas issus des différentes écoles du bouddhisme tibétain. Toutefois, je me suis surtout attaché à mieux connaître les agriculteurs et les éleveurs qui constituent, de loin, la majorité de la population. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion d’interroger de nombreuses familles paysannes.


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