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Sichuan-Yunnan, juillet-août 2007

mon premier voyage en Chine, avec un groupe d’amis

mercredi 27 février 2008, par Geneviève Clerbaux

"En Chine, tout est compliqué, rien n’est impossible." (Jean-Paul)

Participants (15) : Jean-Paul, Élisabeth et Fanny ; Frank, Valérie et Chloé ; Anne et Jean-Marie ; Michèle et Jean ; Anne ; Philippe ; Nicole ; Myriam ; Geneviève.


Le Sichuan

1er jour : jeudi 12 juillet : voyage en avion

Départ de Zaventem vers 13h. Arrivée à Beijing vers 5h10 (= 23h10, heure belge). Ciel de plomb, jaune, uniquement vu du tarmac avant de prendre l’avion vers Chengdu.

2e jour : vendredi 13 juillet : Chengdu (500m)

7h50 : avion Beijing - Chengdu. Arrivée à Chengdu vers 10h20. Transfert vers l’hôtel. Nous retrouvons Jean-Paul, Élisabeth et Fanny qui ont déjà passé une semaine à Beijing et sont arrivés la veille à Chengdu. Après-midi cool pour se mettre à l’heure chinoise. Ouf ! Nous échappons aux 35 – 40° prévus. Certains auront quand même une petite frayeur suite à l’accident dans lequel est impliqué leur taxi. Balade au parc DU FU, du nom d’un grand poète chinois ayant vécu au VIIIe siècle sous la dynastie Tang. Oasis de verdure et de sérénité au milieu de la ville trépidante. Un homme fait une figure de tai-chi, dans l’alignement de deux portes rondes : lenteur, paisibilité, beauté… Des bébés aux culottes fendues esquissent quelques pas, avant de retourner bien vite dans le giron maternel. Un groupe d’hommes et de femmes se retrouvent pour chanter, avec un évident plaisir. Un tout vieil homme pratique le qi gong : gestes lents, travail du souffle… Élisabeth, Anne et Nicole ne se tiennent plus devant la boutique qu’elles dévalisent (ça commence bien !). Aller et retour en taxi, payé à la volée par Philippe, sourire en coin, responsable volontaire désigné de la caisse commune. Au retour dans notre hôtel 4 étoiles (bigre !), nous retrouvons Jean qui arrive seulement de Belgique : en pleine forme, décalage horaire ou pas ! Le soir, dîner près de la rue aux poissons. Comme souvent par la suite, deux tables pour le groupe avec plateau tournant et de multiples plats, généralement délicieux. Nous recevons pour la première fois des cartilages de poulet… Bouteilles de bai jiou à volonté, décapsulées au ziboulateur.

3e jour : samedi 14 juillet : Chengdu (500m)

Le matin, pendant que certains vont voir les pandas, nous nous baladons en ville. Chengdu est la capitale du Sichuan et compte 12 millions d’habitants. Ce qui frappe d’emblée, c’est à la fois l’urbanisme chaotique et le grouillement de la vie. 70% de la ville ont été détruits, puis reconstruits "à la mords-moi l’nœud" : immeubles hauts en pagaille, artères principales très larges à la circulation quelque peu anarchique où camions, bus, taxis, autos, mobylettes, pousse-pousse, vélos et piétons se disputent la voie carrossable – des "auxiliaires de circulation" peu convaincus tentent avec un succès relatif de faire respecter aux piétons les feux rouges –, des gaz d’échappement à faire frémir le moins écologiste des citoyens belges, les tonalités concurrentes des klaxons, une grande place où trône un Mao qui a regardé sans frémir l’œuvre des démolisseurs (quand Jean-Paul était venu dans les années 80, de nombreuses habitations existaient là), construction d’une station de métro. Et puis, une manifestation : nous nous précipitons pour voir contre quoi s’insurgent cette quinzaine de manifestants courageux pour comprendre enfin qu’il s’agit d’une fanfare publicitaire en faveur de Nokia… Et au milieu de tout cet affairement, des hommes et des femmes tirant leur vieille carriole pleine de bric-à-brac, poussant une brouette, marchant difficilement sous le poids de leur lourde palanche, portant sur leur dos leur hotte remplie de légumes ou de lourdes pierres, tout un peuple tirant, poussant, portant et surtout… construisant. Tout au long du voyage, les chantiers ne nous quitteront pas.

Visite d’un temple bouddhiste : le Wenshu Monastery. De tendance zen, il serait plus sobre que les autres ( ?). On sent que les gens y viennent en pèlerinage : ils s’inclinent devant les multiples statues et allument de l’encens qu’ils déposent dans de vastes vasques centrales, régulièrement vidées par des préposés. Bâtiments ouverts. Les gens se baladent, vont d’un temple à l’autre, parlent, rient. Rien à voir avec la componction catholique. La vie mêlée au spirituel, pas de rupture. Entre les temples, de beaux jardins avec les fameux Ginkgo bilobas, l’espèce d’arbre la plus ancienne de la planète. Le vieux quartier entourant le temple est en cours de restauration. Dans la rue Jinli, principale rue commerçante de ce vieux quartier aux lampions rouges, nous boirons un thé, feuilles y comprises, sous une agréable petite brise.

Nous prenons un taxi pour rejoindre un autre quartier de Chengdu et entrons dans un petit boui-boui où nous dînons avec de délicieux jiaozi, raviolis à la vapeur préparés sous nos yeux.

Ensuite, visite d’un temple taoïste, le Qingyanggong ou temple du bélier vert. Même atmosphère, seules les statues diffèrent. On se promène de pagode en pagode ouverte, dans un site de verdure agréable. Nombreux bambous de toute taille. Coude levé, un moine s’exerce à la calligraphie, sur des feuilles de journal qu’il divise consciencieusement en 12 cases.

Balade le long de la rivière Jinjiang. Les gens s’installent dehors sur des chaises. Petits débits de boissons en plein air, vendeurs de fruits, de photographies diverses dont Mao, Lin Piao, Deng Xiaoping. Un homme, une ventouse collée sur le dos, se fait masser la tête. Un vieil homme vient exécuter des numéros d’adresse près de nous qui sirotons notre bière ou notre thé.

4e jour : dimanche 15 juillet : de Chengdu (500m) à Kanding (2590m)

Nous partons dans une camionnette avec chauffeur et deux guides : Jing, le boss, qui nous quittera après quelques jours, et Yang, qui restera avec nous durant tout le Sichuan. Une autre camionnette avec chauffeur transporte nos bagages. Yang a un frère et cherche à mettre de l’argent de côté pour se marier. 370 km dont environ 100 km de vraie autoroute ! Après, environ 30 km/h de moyenne, vu l’état des routes (nids-de-poule, bétail sur les routes). Près de Chengdu, nous voyons des plantations de thé. Et disparaissent les dernières indications en pinyin. Stop à Luding, sur la rivière Dadu, affluent du Fleuve Bleu : durant la Longue Marche, les communistes se sont fait mitrailler par les nationalistes lorsqu’ils tentèrent de traverser la rivière par un pont de singe, devenu aujourd’hui un pont suspendu plus commode pour les nombreux touristes chinois (et pour les "longs nez") à la recherche de leur histoire. Kanding : le monastère Anjue (gelukpa), le premier monastère tibétain du voyage. Très beau. Les gens sont avenants et nous font visiter les lieux. À gauche, un grand moulin de prières : Fanny et Chloé se précipitent pour le faire tourner (toujours vers la gauche). Des drapeaux de prières, des sculptures aux couleurs vives, aux nombreux motifs symboliques. Dans le temple, les trois bannières de la victoire symbolisent la victoire du bouddhisme sur les autres religions (pas si pacifique, le bouddhisme tibétain…). Au pied des statues, les fidèles déposent beaucoup de billets. Dehors poussent des poivriers aux baies rouges : il suffirait de tendre la main pour cueillir le fameux poivre du Sichuan. Kanding : la ville est au fond d’une gorge profonde traversée par la rivière Dadu, tumultueuse. Présence étonnante d’une église… clinquante. Au fond de la vallée, un énorme bouddha sur la montagne. Kangding était le fief d’un seigneur local jusqu’au milieu du XXe siècle et un relais important sur la route des caravanes du thé et des plantes médicinales entre la Chine et le Tibet. Ambiance totalement différente de Chengdu : on passe d’une ville chinoise à une ville plus mélangée mais à majorité tibétaine. Ici, on ne dit plus Nihao mais tashi délé. Kanding est une enclave tibétaine dans le Sichuan. On y voit des Tibétains khampas aux visages très colorés et souriants. Les femmes khampas portent du tissu tressé rouge dans leurs cheveux. Les gens sont avenants, souriants. C’est joyeux. Un jeune nous aborde en anglais, avec une réelle curiosité. Le soir, sur une place près de la rivière, les gens dansent. Chaque soir, ces danses ont ainsi lieu dans de nombreuses villes où vivent des Tibétains : y participent ceux qui veulent : femmes (surtout), hommes (rares), enfants, vieux, même ados (sans conviction…), étrangers, nous… Ambiance très sympa. Balade à la recherche d’un restau. Tous les commerces ont leur enseigne en chinois et en tibétain. Ruelles attachantes (jusqu’aux détritus…). Très bon souper dans un petit boui-boui.

5e jour : lundi 16 juillet : de Kanding (2590m) à Danba (+/- 2300m)

À Kanding, visite de l’Institut de langue tibétaine. Pour y accéder, route en travaux (une constante du voyage !) : circulation alternative difficile. Étudiants en vacances. On peut en interroger un qui passe par là : il se destine à devenir prof de langue tibétaine. Classes vides qui ressemblent à toutes les classes vides. Au tableau, belle calligraphie tibétaine et dessins. De Kanding à Danba, piste dans un très mauvais état le long de la rivière Dadu : trous, cahots fameux dont se souviendront longtemps nos fessiers, cochons, vaches, ânes, chevaux, chèvres, cailloux, rochers, étroitesse de la route (à plusieurs reprises, on ne voyait plus la terre à droite mais apparemment on ne roulait pas dans le vide). Bas côtés souvent défoncés. Plusieurs arrêts de 20 à 30 minutes à cause de travaux. Moyenne : 20 km/h. Le chauffeur doit s’arrêter régulièrement pour contrôler l’état de son véhicule : petites réparations faites rapidement. Pendant ce temps, nous marchons sur la piste jusqu’à ce que la camionnette nous rejoigne. Nous apprendrons que deux jours après notre passage, une partie de la route s’est défoncée et est impraticable. Avant d’arriver à Danba, belle vue sur les nombreuses tours de guet émaillant le paysage. Nous allons voir deux villages tibétains des environs de la petite ville. Le premier village tibétain, Jiaju, est tourné vers les touristes (surtout chinois, cf. les cartes postales pré-timbrées). Sur la route, une jeune fille mi-costume traditionnel, mi-jeans nous a harponnés du tape-cul d’une moto (il faut bien vivre) et nous a invités à visiter la maison de sa grand-mère. Il faut payer pour entrer dans le village. Bel ensemble restauré d’une centaine de maisons tibétaines jiarong, au bois peint en rouge, bleu, blanc, noir. Pendant que le chauffeur répare les freins de la camionnette (relativement utiles au même titre que le klaxon dans ces routes de montagne…), nous visitons la maison, transformée partiellement en guesthouse. L’aménagement intérieur est réussi. Premier thé au beurk. La grande terrasse donne sur un site superbe de montagnes. Élisabeth qui sort d’une nuit de migraine dit se sentir "comme un robinet qui a une crise de calcaire", ce qui ne l’empêche pas de découvrir une antenne GSM dans un endroit complètement improbable. Le Tibet comme vous ne l’avez jamais rêvé… Le deuxième village tibétain jiarong, Shuopo, est construit autour et dans certaines tours de guet que nous avions vues de loin. Ces gudiao ont également servi d’habitations, de greniers à provisions. Construites en argile et en pierre, ces tours ont résisté plus de mille ans. On monte dans une maison par des échelles raides, en mauvais état parfois. Coup de cœur. Beauté de ces lieux à la lumière douce de fin de journée. Paysage superbe : derrière, les hautes montagnes ; devant, des collines douces. Et ces constructions étranges, sobres et belles qui ont traversé le temps… Hôtel à Danba, petite ville encaissée où des gens dansent aussi.

6e jour : mardi 17 juillet : de Danba (+/- 2300m) aux environs de Dam Ling (+/- 2800m)

Nous reprenons la piste, toujours dans un très mauvais état. Le chauffeur, au visage coupé au couteau, connaît parfaitement sa mécanique : ouf ! Beaux paysages, toujours le long de la rivière Dadu. Comme souvent par la suite, Fanny et Chloé nous font tout un récital : on passe de Brassens à Bip bip, coin coin, meuh ; de Aux Champs Élysées aux Esquimaux autour d’un brasero, ou autres chansons variées et chantées tip top ! Première randonnée (pour nous préparer au trek du lendemain) abrégée pour cause de pluie. Nous décidons finalement de planter nos tentes dans une prairie près de la rivière, dans un beau site entouré de montagnes. Jing et Yang nous préparent un bon petit souper.

7e jour : mercredi 18 juillet : des environs de Dam Ling (+/- 2800m) au lac sacré (+/-4000m)

Après un bon petit déjeuner concocté par Jing et Yang, nous quittons notre campement. Encore quelques kilomètres de piste : arrivée à Dam Ling d’où nous partons en randonnée. Nos bagages et le matériel de camping sont acheminés par des chevaux. Dîner, toujours préparé par nos guides, dans une belle prairie fleurie où paissent les chevaux. Nous passons d’environ 2800 mètres à 4000 mètres. Dur… dur… et beau… beau… Beaucoup sont atteints du mal d’altitude (personne n’envisagera d’ailleurs de monter jusqu’au deuxième lac sacré...). Superbes paysages tout au long de la randonnée et à l’arrivée : le lac sacré. Malheureusement le temps se couvrira rapidement et sera bouché, laissant peu de temps aux randonneurs fatigués ou malades d’admirer le paysage. Nous dormons sous tente et… sous la pluie : quid de la piste au retour ?

8e jour : jeudi 19 : du lac sacré (+/- 4000m) à Danba (+/- 2300m)

La descente du lac sacré à Dam Ling n’est pas évidente non plus ! Mais le site est superbe. Nous n’avons rencontré personne, si ce n’est les guides des chevaux qui portent nos bagages. De Dam Ling, nous reprenons la piste vers Danba. Encore en plus mauvais état car il a plu la nuit. Mais nous passons.

9e jour : vendredi 20 : de Danba (+/- 2300m) à Litang (4200m)

Superbe journée : le Tibet des montagnes et des hauts plateaux. Route asphaltée mais beaucoup de passages en très mauvais états : nids-de-poule et éboulements : très lent et… bondissant. Mais ce n’est plus la piste de Danba à Dam Ling ! Vue de loin sur un monastère. Arrêt près d’un grand chorten entouré de nombreux petits chortens. Visite d’un deuxième monastère, le monastère Lhagang à Tagong ou "le monastère à la prière". Superbe ! Il relève de l’école sakyapa. Débauche de toits, de couleurs. Nous y assisterons à la prière des moines. Les moines psalmodient, utilisent divers instruments à vent (genre de trompettes ; les deux ragdongs, grandes trompes ; des conques) ou à percussion (genre de cymbales et de gongs). Chaque moine assis jambes croisées sur des coussins plats, à même le sol, a divers objets devant lui : il psalmodie les mantras, calligraphiés dans son "livre", longues feuilles rectangulaires séparées contenues entre deux planchettes de bois ; il agite dans ses mains tantôt une cloche, tantôt un objet sacré ; parfois il jette en arrière des graines d’encens disposées sur un tissu devant lui. Les moines sont généralement concentrés, ce qui n’empêche pas l’un de lire un SMS, un autre de dessiner une forme avec ses graines d’encens, tandis que d’autres se parlent à l’oreille. Route de montagnes et de hauts plateaux fabuleuse (on grimpe jusqu’à 4200 mètres). Paysages immenses. Ciels aux nuages changeant sans cesse. Vue sur une montagne enneigée. Arrêt à deux cols, l’un à 4414 mètres et l’autre à 4659 mètres (glagla) : nous y avons ramassé des chevaux de vent, petits papiers de prières jetés par les Tibétains lorsqu’ils traversent un col. Drapeaux de prières et entassements de mani, pierres sur lesquelles ont été gravés des mantras (Om mani padme hum). C’est le Tibet des grands espaces… Arrêt sur un haut plateau, avec de nombreux yacks (et de très nombreuses bouses de yacks…). Les tentes brunes des semi-nomades ont toutes un mini capteur solaire. La rencontre avec les semi-nomades est joyeuse. Haut plateau battu par un grand vent froid. Arrivée le soir à Litang : mini-panne d’électricité, bien compréhensible quand on voit les nœuds incroyables de fils électriques ; camionnette qui rentre dans le restau ; ville vivante.

10e jour : samedi 21 : de Litang (4200m) à Daocheng (3740m)

Litang est une ville importante historiquement. C’est dans cette ville qu’a débuté en 1956 la révolte des Khampas contre les Chinois. Celle-ci s’est étendue rapidement à tout le Kham, puis en 1957 et 1958 à l’Amdo, et en 1958-1959, à l’actuelle région autonome du Tibet. En 1959, Lhassa est sous contrôle chinois et le Dalaï-Lama s’exile en Inde, à Dharamsala.

Visite de l’impressionnant monastère gelukpa de Litang, quasi complètement détruit en 1956 (seule la salle tantrique du stupa a été préservée) et reconstruit fidèlement : "le monastère à la cérémonie". Nous y voyons d’abord une première salle tantrique : on y organise des cérémonies de divination. Fresques érotiques, typiques du tantrisme. Deuxième salle tantrique avec un stupa d’un grand lama. Comme dans tous les temples et monastères, de l’argent est déposé par les fidèles devant la plupart des représentations (statues, thangkas, photos de lamas). Une fresque présente un motif fréquent : un dieu puissant écrase "les ennemis du dharma" (doctrine), souvent représentés avec des visages de musulmans, d’indiens ou d’occidentaux (les musulmans ont chassé les bouddhistes du nord de l’Inde). Parfois ce dieu assez performant accomplit des prouesses érotiques tout en écrasant moult ennemis… Cuisine : de la taille d’une grange. Énormes casseroles sur des feux alimentés par des quarts de troncs d’arbres. Deux woks pour… 600 personnes. Herbes aromatiques. Endroit assez extraordinaire. Temple : Fresques, boiseries rouges, bannières de la victoire, fleurs qui bougent… grâce à l’électricité, statues de Bouddha. Nous avons pu assister à une cérémonie importante : un grand lama, originaire de la région mais exilé en Inde dans les années 60, venait réciter des sutras (les Chinois permettraient la venue de ce lama car il viendrait seulement pour réciter la prière et non pour faire de la politique). Les moines sont très nombreux, y compris les moinillons, parfois très jeunes (j’aurais donné 4-5 ans au plus jeune). Un surveillant TERRIBLE (brrrrrr), au visage sombre, à la carrure renforcée impressionnante, le bâton à la main, fait régner l’ordre. Suivi de fidèles, il distribue de l’argent aux moines. La cérémonie commence. Les moines psalmodient. Puis le grand lama invité fait un "sermon". Nous quittons les lieux.

Nous reprenons la route. Dans la région de Daocheng, dans un paysage lunaire, visite du monastère Dabpa Yangteng Gon, "monastère de la vente aux enchères". À l’origine, ce monastère relevait de l’école kagyupa (en Europe et aux USA, les adhérents de cette secte portent des vêtements blancs). Au XVIIe siècle, il s’est transformé en monastère gelukpa. Plusieurs petits temples. Nous assistons à une vente aux enchères assez étonnante.

Arrivée à Daocheng, ville où on ressent un malaise : l’hôtel est quasi vide et on voit en ville de nombreux soldats. Nous ne pouvons nous rendre à la proche réserve de Yading, contrairement à ce qui était prévu au départ. Il semble qu’il y ait une rivalité entre deux ethnies tibétaines concernant le parc naturel de Yading (question de sous). L’armée serait intervenue et aurait tiré. Yading était inaccessible aux étrangers.

11e jour : dimanche 22 juillet : de Daocheng (3740 m) à Xiangcheng (3180 m)

Départ sous une pluie grincheuse. On renonce à un petit monastère (inaccessible en camionnette, environ 2h30 aller-retour sous la pluie, à pied). Plus tard, petit rayon de soleil. Route de montagne très différente des autres jours. Paysage lunaire, flaques d’eau ou prairies aux fleurs jaunes, blanches, mauves. Jolie petite balade dans les prairies. Yang sautillant au loin sous une ombrelle… Frank offrant des fleurs des prés à sa belle… Route presque facile, même si route de montagne avec son lot de travaux, de mini-éboulements (nombreux), de bétail sur la voie. Arrivée tôt à Xiangcheng. Yang nous emmène voir un petit village tibétain des environs. Nous sommes reçus dans une maison. Même si celle-ci paraissait grande de l’extérieur et belle (architecture tibétaine typique), nous sommes soufflés par l’espace et la richesse de la décoration de la grande pièce de séjour. En bas : les porcs (bruyants) dans leur fange, des réserves diverses de grains, de nourriture (maïs,…). Échelle en bois assez périlleuse (creusée dans un tronc d’arbre assez… étroit) jusqu’au premier. Très grande salle à manger/cuisine/salon avec TV, hi-fi. Beau travail du bois pour les meubles, thangkas aux motifs religieux. Une pièce sacrée tellement grande et haute qu’on pourrait y mettre une petite maison de chez nous : salle des ancêtres et de prières avec photos de lamas, 7 coupes d’eau, bougies au beurre de yack, etc. Chambres séparées. 2e étage : échelle en bois toujours archi-raide (comment fait le vieux qui a mal au dos ?) : terrasse, silo à grains, espace pour travailler le bois. Autour d’un inévitable thé au beurre, conversation avec les habitants, essentiellement avec le patriarche, le grand-oncle. Il était lama et, lors de la révolution culturelle, il a été chassé de son monastère. Il n’y est jamais retourné. Ses parents étaient des paysans aisés mais pas trop : ils n’ont pas été dépossédés de leurs biens par les communistes. L’homme a 64 ans, en paraît beaucoup plus, a très mal au dos. Il cultive toujours de l’orge, des pommes de terre, du maïs ; il a six cochons et 4 yacks. Il a bien réussi financièrement en tant que marchand de bétail ainsi qu’en vendant des champignons et herbes médicinales. Son frère aurait dû être le patriarche mais il est mort prématurément. Ce frère a eu 4 enfants : deux garçons, deux filles. La femme – belle – que nous avons vue était l’épouse du deuxième fils. À sa mort, elle a été "attribuée" au premier fils. Ce premier fils travaille à Xiangcheng dans une entreprise de machines agricoles. Le deuxième fils travaillait "dans la culture". La première fille, intelligente, étudie à Kanding dans un institut de tibétologie. La dernière est encore à l’école secondaire. Un autre vieil homme était là, sans qu’on sache jamais de qui il s’agissait (peut-être un membre de la famille de la femme ?). La maison est très grande, belle mais… il n’y a pas d’eau courante. Chauffage au feu de bois dans la pièce de séjour, avec une ouverture vers le haut. S’il fait vraiment trop froid, on ferme l’accès vers la terrasse. Le village compte 21 familles. Il y a une école primaire dans les environs : environ 200 enfants la fréquentent dont 138 restent dormir sur place. Pour se soigner, la famille recourt soit à la médecine tibétaine, soit à la médecine chinoise, jugée plus fiable. Pour la construction de la maison, seuls coûtent le bois (pour les piliers et les meubles) et le travail des artisans sculpteurs sur bois. Les gens du village se sont entraidés pour ériger les murs de pierre.

Retour en ville. Temps libre : balade agréable en ville.

Souper léger aux nouilles. Coupure d’eau dans toute la ville (y compris dans notre hôtel nettement plus confortable que les précédents) : peut-être demain…

12e jour : lundi 23 juillet : de Xiangcheng (3180m) à Derong (+/- 3000m)

Au départ, la vue est complètement bouchée, puis le ciel s’éclaircit et dévoile des montagnes boisées, des maisons et villages à l’architecture tibétaine. Tout à coup un éboulement important bloque complètement la route. Les hommes essaient pour la plupart à mains nues de déblayer la route mais un rocher est beaucoup trop gros pour pouvoir le déplacer. Au bout de deux heures, arrive une équipe de cantonniers avec… pelles et pioches : on n’est pas sorti de l’auberge. Puis, contre toute attente (c’est le cas de le dire), des véhicules passent brinquebalant sur une mince bande de route vaguement carrossable. Notre camionnette passe difficilement : la carrosserie est légèrement abîmée.

Derong : petite ville moderne tibétaine le long d’un affluent du Fleuve Bleu, très animée : quelques rues, échoppes, marché fermé où nous pourrons admirer les fameux "œufs de cent ans". Pour une fois, on est un peu l’attraction. Éclat de rire de la postière lorsqu’on lui demande une trentaine de timbres pour l’étranger : elle n’a même pas 20 timbres pour le pays !

Départ – regretté - de Yang, notre guide du Sichuan, et des deux chauffeurs : demain, on passe au Yunnan.

Le Yunnan

13e jour : mardi 24 juillet : de Derong (+/- 3000m) à Deqen (3480m)

Nous partons sous le soleil dans la vallée dite… du Soleil. Superbes montagnes, vertes au début. La brume et les nuages arrivent, la montagne devient aride et désolée. Nous passons de la vallée d’un affluent du Fleuve Bleu, dont le nom évoque les chercheurs d’or d’antan, à la vallée du Fleuve Bleu (le Yang-Tsé). Un peu avant la ville de Benzilan, alors que nous faisons une longue boucle pour atteindre un pont, nous voyons un bulldozer tracer dans la montagne une nouvelle route, au-dessus de la nôtre : tous les débris tombent sur la route que nous devons emprunter. Des heures d’attente en prévision. Notre nouvelle guide, Zhang Jie, très dynamique, demande aux habitants d’une maison tibétaine si nous pouvons venir visiter la maison : OK ! Très chouette car non préparé. Rez : un yack. Premier étage : la pièce centrale qui fait office de salle à manger/cuisine/salle de séjour/coin à eau/coin à provisions. Le centre est le fourneau, alimenté en bois. Autour, de nombreux espaces encastrés au travail du bois tout en finesse : s’y trouvent divers ustensiles. Les grandes louches servent à se servir dans les casseroles. Les petites louches sont individuelles : on les comptant, on peut connaître le nombre d’habitants. Ici, quatre louches : une pour le père (que nous ne verrons pas), une pour la mère, les deux autres pour les fils de 20 et 16 ans. Le coin eau : il n’y a pas l’eau courante et la femme va puiser de l’eau le matin. Des coins provisions (maïs par exemple). Deuxième étage : la salle des ancêtres, pièce sacrée avec des thangkas représentant des bouddhas, une photo du Dalaï-Lama, 7 coupes d’eau, des bougies en beurre de yack, une clochette et l’objet tantrique vu dans les monastères. En haut, la terrasse avec deux chambres. Sur la terrasse, on sèche des graines et le fromage de yack. On y voit aussi un âtre pour les fumigations rituelles : des branches de genévrier (ou de cyprès), aspergées d’eau sacrée, sont brûlées chaque matin dans l’espoir d’avoir plus d’enfants. Le grand-père a des lunettes aux verres très épais et lit des mantras aux lettres très grandes. La famille nous raconte que, lorsqu’il est né, il était quasi aveugle ; alors il a beaucoup prié et maintenant il peut lire les mantras. Nous verrons aussi une lance qui chassait encore l’ours noir et le léopard il y a une vingtaine d’années. À notre arrivée, la famille était occupée à fabriquer à l’aide d’un moule des tsa-tsa en argile. Ces figurines de tous petits chortens sont destinées à être vendues aux pèlerins. Nous prenons une photo de la famille. Nous espérons la lui faire parvenir ultérieurement par notre guide.

Longue attente sous un soleil qui s’est décidé à taper ferme. Nous irons voir au retour le grand monastère. Enfin, la route est momentanément déblayée et nous passons. Dîner tardif à Benzilan, ville carrefour entre le Tibet, le Sichuan et le Yunnan. Achats de bijoux, de bols chantants, d’écharpes en pashmina,…

Nous reprenons la route vers le col Lak. Les paysages deviennent encore plus fabuleux. Site immense, vues sur les montagnes partiellement enneigées, yacks, tentes des semi-nomades, nervosité des chiens attachés près des tentes et enfin le col avec son abondance de drapeaux de prières. Grandiose.

Arrivée à Deqen, la plus haute ville du Yunnan : 3480m.

14e jour : mercredi 25 juillet : Deqen (3480 m)

La suite de l’itinéraire risque d’être encore chamboulée. Il y a beaucoup d’éboulements sur les routes, suite à la déforestation massive et aux intempéries. En attendant, matinée libre : belle balade en ville : échoppes, marché. Comme dans toutes les petites villes rencontrées, des hommes jouent au billard. D’autres au mahjong. L’après-midi, grandiose, superbe et inattendue découverte du Mont Meili enneigé, se dévoilant au détour d’un virage. La montagne est invaincue, même si ce n’est pas la plus haute (quand même 6740m). Des alpinistes japonais y sont morts.

Face à la montagne sacrée, les fidèles se prosternent, allument leurs bâtons d’encens ou les feuilles de cyprès aspergées d’eau sacrée, font trois fois le tour de l’âtre par la gauche en récitant des mantras et en formulant un vœu. Ils joignent les mains et s’inclinent devant la montagne. Abondance de drapeaux de prières. La montagne ne cesse de se voiler et de se dévoiler, sous le jeu fascinant des nuages. Nous quittons difficilement ce lieu, lorsque la montagne s’est à nouveau dissimulée derrière d’épais nuages.

Nous allons ensuite au Feilaici Temple, très beau petit temple fort ancien (VIIe siècle, sous la dynastie des Tang, souvent partiellement détruit et toujours reconstruit comme à l’origine). Le 10e panchen lama s’y est rendu en 1986. On nous assure que la montagne ne s’était plus dévoilée depuis 10 ans, qu’il a prié 10 minutes et que les nuages se sont enfuis. Bigre ! Ou nous avons eu une chance inouïe ou notre ferveur devait être intense ! On insiste pour que nous fassions trois fois le tour des moulins à prières en les faisant tourner vers la gauche. On nous explique que le salut sacré mains jointes doit se faire pouces rentrés. À l’intérieur, une statue de Bouddha qui a "volé" depuis l’Inde. Belle peinture du mont Meili avec le soleil et la lune qui se superposent : ce phénomène se produit réellement, même si rarement, et renvoie à l’emblème du Tibet. En sortant du temple, des vendeurs nous proposent leurs beaux (et délicieux) champignons, extrêmement variés.

Nous ne trouvons pas un autre petit temple. À la place, Zhang Jie nous fait visiter – de façon impromptue – une maison tibétaine… face au Mont Meili ! Tout ce pays semble aspiré vers le haut, tout semble lié à l’air : les drapeaux de prières, les moulins à prières, les bols chantants, la fumée de l’encens et du genévrier, les chortens – liens entre la terre et le ciel –, les chevaux de vent jusqu’à certains rites concernant les morts… ; même les maisons ne sont pas vraiment fermées, du moins vers le haut, vers la terrasse. On a le sentiment que le grand vent peut y souffler sans beaucoup d’entraves. Pour entrer, beaucoup de boue. Bois travaillé de la porte et énigmatiques coquilles d’œufs vides accrochées par un bâton au linteau. Au rez-de-chaussée, les cochons. À l’étage, l’espace chambre est séparé par de vagues morceaux de plastique de la grande pièce centrale : le grand fourneau central autour duquel mangent quelques hommes, panneaux finement sculptés, beaux objets, pas de lumière (les superbes fenêtres tibétaine à l’ancienne ne laissent guère passer la lumière), beaucoup de brol. Et les échelles creusées dans un tronc d’arbre. Sur la terrasse, du fromage de yack sèche (un peu aigre). Un âtre au centre duquel trône une bouteille de coca vide. Un endroit où on bat le grain. Et des drapeaux de prières plantés sur le toit.

15e jour : jeudi 26 juillet : de Deqen (3480m) à Shangri-La (Zhongdian) (3340m)

Jusqu’au pont après Benzilan, même route que deux jours plus tôt (et on ne s’en plaindra pas…) avec des nuages, puis du vrai soleil et ciel bleu à certains moments ! Nous repassons au col Lak. Une voix nostalgique s’élève d’une baraque : l’homme baratte son beurre. Des montagnes qui n’étaient pas visibles à l’aller se détachent maintenant sur le ciel bleu. Seul reste un petit nuage blanc au sommet d’une montagne et tous nos souffles conjugués ne parviendront pas à le chasser.

Monastère de Tongrogling, le "monastère pour riches". Dans un site de montagnes à vous couper le souffle. Le monastère est entouré des maisons des moines aux toits de bois sur lesquels sont déposées des pierres (quelques autres toits en tôle bleue détonnent). Ce monastère est habité par des moines de familles riches qui, contrairement à l’habitude, payent pour y envoyer leurs enfants et pour le logement. Grande cour centrale où se déroulent parfois les danses sacrées. Dans la salle de cérémonie, on peut mettre jusqu’à 1000 moines. Diverses salles plus belles les unes que les autres, travail du bois superbe, salle du mandala : sculpture en argent construite tout récemment. Nous restons quelque peu ébahis devant le sort accordé aux femmes dans l’enfer : femmes pendues, empalées, à la tête coupée, donnée à dévorer aux tigres. Les fantasmes des moines sont pour le moins pimentés. Dans une toute petite salle, un mandala en sable de couleurs variées. Dans une autre salle, un moine embaumé dans sa posture assise (c’est gratiné). Et c’est rebelote ! À nouveau nous sommes arrêtés pour cause de travaux : on construit toujours la route du haut. Nous entendons les explosions destinées à casser la roche mais pas grand chose ne semble tomber sur la route. Un brin de patience et nous passons. Notre guide nous emmène voir des poteries locales. Près de là, un garçon se fait raser les cheveux devant un large paysage de montagnes. On construit une maison à l’architecture tibétaine sans le moindre clou, sans la moindre vis ; la charpente en bois s’assemble à tenon et mortaise. Un peu avant d’arriver à Shangri-La, alors que nous commencions à être un peu zombies, un arc-en-ciel tombe juste sur un monastère que nous visiterons plus tard. Le paysage a totalement changé. Nous avons le sentiment d’être dans une plaine. Nous sommes quand même à 3340 m d’altitude. Beaucoup de champs d’orge. Nous longeons le "lac" : en fait quand il fait sec, ce sont des prairies, quand il a plu, l’eau stagne et les herbes pointent du nez (si j’ose dire), évoquant des rizières. La marque de l’homme change aussi. L’architecture des maisons évolue. Elles comportent toutes de grandes terrasses exposées vers le sud pour sécher l’orge. Des espaliers en bois servent au même usage.

Nous arrivons à Shangri-La. Le soir, souper dans un restaurant aux tables et chaises basses ("Où est Blanche-Neige ?" s’enquiert Frank). Et Myriam, telle la Belle au bois dormant, se met à piquer du nez dans son bol avant de tomber dans les pommes…

16e jour : vendredi 27 juillet : Shangri-La (parc naturel de Pu Dacuo, balade nocturne)

Shangri-la s’appelait Zhongdian jusqu’il y a peu. Ce chef-lieu de préfecture autonome tibétaine au Yunnan a changé officiellement de nom quand on a conclu que le district de Zhongdian était l’endroit mystérieux mentionné dans le roman Lost Horizon de James Hilton, écrit en 1933. On pensait avoir vu des chantiers partout avant de venir ici : on n’avait encore rien vu ! En septembre, la ville fête ses 50 ans de statut officiel de ville et l’administration a décidé de construire un nombre impressionnant de logements. Et ils seront terminés pour la fête ! Coûte que coûte…

Zhang Jie s’amène ce matin en costume traditionnel au-dessus de ses jeans et baskets. Elle nous emmène dans le parc naturel de Pu Dacuo (130 000 km2), ouvert récemment. Le changement d’atmosphère est assez radical et… surréaliste. L’organisation est à l’américaine : on doit laisser notre camionnette et prendre le bus du parc naturel ("green car" aux gaz d’échappement vachement polluants), les guides sont en costume traditionnel et débitent leur discours à la perfection, le chemin de bois que nous empruntons ensuite est strictement balisé, les toilettes sont hi-tech (ça change ! Élisabeth n’apprécie guère le plastique sous ses fesses, préférant les rigoles odorantes habituellement sans portes mais avec cloisons, contrairement à Fanny et Chloé qui trouvent que quand même, ça pue moins…). Les touristes chinois qui payent une fortune ont tous leur bonbonne d’oxygène. Ajoutons l’hôtel 4 étoiles avec électricité et eau chaudes garanties, et l’apparition du Pepsi Cola (pas encore de vrai coca, personne n’est parfait) : pas de doutes, nous sommes de retour dans "la civilisation". Dans le car, Zhang Jie entonne une berceuse de sa belle voix et nous la gratifions de nombreux "yasho" (bravo en tibétain, orthographe non garantie). Elle nous demande de chanter aussi : ce sera "Aux Champs Élysées", particulièrement faux mais promis à un bel avenir. Première balade le long d’un lac : à gauche, belles prairies parsemées de fleurs blanches, roses, mauves, jaunes, l’herbe qui pousse dans l’eau ; à droite, sous-bois avec des aperçus assez étonnants. Après avoir pique-niqué le long du lac, deuxième balade : magnifiques vieux arbres sur lesquels pousse du lichen, atmosphère de fantastique poétique. Jeux d’eau et de lumière tout en finesse. Zhang Jie nous emmène dans en endroit touristique où on reconstitue la culture tibétaine (j’ai pas le nom mais c’est pas grave). Tout sent le commercial et le prêt-à-porter culturel à avaler : reconstitution de chortens, mani, boutiques d’artisanat. Apparemment destiné aux touristes pressés qui viendraient deux jours à Shangri-La… Mais, comme le dit Jean-Paul, on est en Chine : au milieu de ce site aseptisé se baladent encore une vache et un cochon. Trêve de critiques (allez, c’est la première et la dernière fois), nous voyons quand même une ancienne maison de nobles, intéressante. Puis visite au temple moderne.

Le soir, souper pour la première fois dans un restaurant de nourriture internationale : Fanny, Chloé et bon nombre d’adultes retombés en enfance se ruent sur les pizza. Pourtant, qu’est-ce qu’on a bien mangé depuis le début ! Puis balade dans le vieux Shangri-La nocturne : magie des lanternes rouges. Anne, avec ses cheveux blonds, et Jean-Marie, avec sa barbe fournie, apparemment très "longs nez" pour les Chinois du cru, se font sans cesse photographier. Danses sur le "square". Vue sur le temple éclairé et sur l’immense moulin à prières doré et en mouvement…

17e jour : samedi 28 juillet : Shangri-La : vieille ville, temple (3340m)

Balade le matin dans la vieille ville et shopping. Visite du temple ancien, bien rénové, et du moulin à prières. Construit en 2006, cet immense moulin à prières est en bronze plaqué or. À l’intérieur, des livres de prières. À l’extérieur, gravures de bouddhas, bodhisattvas, Mont Meili, nombreux hommes représentant les 56 minorités reconnues de Chine. Le temple a une architecture chinoise et non plus tibétaine comme ceux que nous avons vus jusqu’ici. Beau Bouddha aux vêtements recherchés. Bannières de la victoire. Des thangkas dont l’un représente très approximativement l’histoire suivante. Une femme a été chassée par son père pour avoir commis une faute. Elle est envoyée en enfer mais sa mère n’est pas d’accord (cette dernière est représentée par l’œil sur la cuisse du cheval !). La femme se métamorphose en "démon" pour mieux chasser les autres démons. À midi, changement d’hôtel, toujours à Shangri-La. Puis dîner dans une maison tibétaine. Ensuite, les sources chaudes. À la source, l’eau est à 70° ! Dans le bain, 38 à 40°. Au retour, très grosse pluie.

18e jour : dimanche 29 juillet : Shangri-La : les cascades Baishuitai

Nous partons voir des cascades à 2h30-3h de Shangri-La. Bonne route malgré de nombreux petits éboulements et de très nombreux virages en épingle à l’approche des cascades. La région est très verte, très boisée et très cultivée. Pourquoi très verte ? Parce qu’il y pleut beaucoup ! De fait, c’est le jour de la découverte de la saison des pluies ! En chemin, on s’arrête à un village Yi, en fait quelques maisons pour la plupart en construction, dont les futurs habitants ont probablement été attirés par la proximité de la route. Nous voyons une femme yi avec sa spectaculaire coiffe noire traditionnelle. Le site de Baishuitai est formé de concrétions de calcaire assez étonnantes. Au-dessus, très beaux jeux de nuances de vert dans des nappes d’eau parsemées de verdure. Descente sous une forte pluie. Au retour, beaucoup caillent et sont complètement trempés. Sur la route, nous ne verrons pas les villages naxi à cause de cette foutue pluie. Le soir, danses tibétaines lors d’un grand show dans une maison tibétaine. Y assistent plusieurs groupes de touristes chinois. Bai jiao servi en abondance, chants et danses.

À Shangri-La, la population est fort mélangée : Tibétains, Hans, Hui, Bai, Yi, Naxi, Mongols... Pour communiquer entre eux, ils parlent un dialecte commun qui emprunte au mandarin – avec un autre accent – et ajoutent des mots de vocabulaire de l’une ou l’autre ethnie. Hui est le nom donnée à la minorité musulmane, de langue han, implantée surtout au nord ouest de la Chine et au Yunnan, à la suite des conquêtes mongoles (XIIIe siècle). Beaucoup de Hui sont commerçants. Ils portent une petite calotte blanche sur la tête. Les Bai font partie d’une minorité tibéto-birmane du Yunnan. À Shangri-La, ils nous ont été présentés comme des commerçants nés. Ce sont eux qui occupent la majorité des boutiques de la vieille ville. Les femmes portent une sorte de béret bleu. Les Yi sont une autre minorité tibéto-birmane du Yunnan. Les Naxi forment une troisième minorité tibéto-birmane. Les femmes naxi portent un costume sophistiqué. Sur l’arrière, 7 rondelles représentant les étoiles de la grande ourse. Devant : bretelles simplement croisées = jeunes filles ; bretelles croisées et nouées = femmes mariées ; les femmes plus âgées portent souvent une casquette bleue.

Notre guide, Zhang Jie, nous raconte un peu sa vie. Ses parents font partie de la minorité thaï du Sud Yunnan et sont agriculteurs. Elle a deux sœurs aînées. La première a deux enfants, la deuxième devrait accoucher fin août. La maman est analphabète et se sent perdue lorsqu’elle vient en ville. Les deux premières filles n’ont pas fait d’études. Elles vivent avec leurs parents. Au moment où Zhang Jie est née, la loi sur la limitation des naissances venait de changer : les minorités pouvaient avoir deux enfants et plus trois. Du coup, ses parents ont dû payer beaucoup d’argent au gouvernement. Zhang Jie a vingt ans et a terminé ses études secondaires. Elle travaille comme guide et envoie de l’argent à ses parents et à ses sœurs. Elle cherche aussi à mettre de l’argent de côté pour payer des études supérieures (si possible des études commerciales, éventuellement en Europe). L’agence de tourisme dans laquelle elle travaille emploie 300 personnes dont 200 guides (12 connaissent l’anglais mais ne sont pas mieux payés). Elle habite seule à Shangri-La. Quasiment pas de congés. Elle nous dit que les salaires moyens dans la région sont de 300 à 1500 yuans.

19e jour : lundi 30 juillet : Shangri-La : le monastère Songzanlin, herbes médicinales, ville

Visite du Monastère Songzanlin, "le monastère à l’arc-en-ciel". Ce monastère est le centre de la secte gelukpa (les bonnets Jaunes) du Sichuan et du Yunnan. Il a été construit au XVIIe siècle, d’après les plans du Potala. Il s’agit d’un des 13 monastères que le 5e Dalaï-Lama a fait construire dans la région, sur les territoires des 13 seigneurs locaux de l’époque. Ce temple conserve huit statues de Bouddha plaquées d’or, bon nombre de sculptures, d’instruments de rites bouddhiques, de thangkas et des collections de livres.

700 moines environ vivent dans les maisons autour de cet assez grand monastère. Huit ensembles d’habitations et temples sont en outre destinés à des moines venus de Lhassa ou d’ailleurs. Elles sont disposées selon un plan en fleur de lotus. Les peintures des halls précédant les temples proprement dit représentent le plus souvent la roue de la vie, les gardiens (dont "le joueur de mandoline"…). Une peinture fréquente représente aussi un singe et un éléphant qui montent un sentier. Ils sont noirs au début, puis deviennent progressivement blancs mais le singe garde des "bottes" noires à la fin du parcours. Plusieurs interprétations semblent coexister. Notre guide nous donne l’interprétation suivante : le singe et l’éléphant parcourent le chemin de la vie jusqu’à la mort. Le singe représente le corps : il restera sur terre à la mort. Par contre l’éléphant qui représente l’âme et devient tout blanc pourra monter au ciel après sa mort. Nous montons un escalier raide pour atteindre le monastère proprement dit, imposant. Large paysage où le vert de l’eau et de l’orge se répondent sur le plateau où l’on voit çà et là des maisons aux toits de pierre et des espaliers en bois pour sécher l’orge. Nous voyons une succession de pièces, de temples. Beaucoup d’offrandes en billets mais aussi en fruits ou bonbons. Un moine entonne un chant avec une voix caverneuse, extrêmement basse, qui vient du plus profond du ventre : impressionnant…. La grande cuisine nous est interdite mais au passage, Zhang Jie, toujours très liante, nous fait entrer dans une petite cuisine où se trouvent trois moines sympas profitant de la chaleur du fourneau. À un endroit est indiqué : "Ladies stop" (grrrr : j’vous en parlerai donc pas). Plus loin, Anne photographie "les marchands du temple" (au sens propre : ils tenaient réellement boutique dans le temple !). Un moine furibond s’insurge : Anne disparaît diplomatiquement dans la foule et suit un groupe avec guide parlant français. Voilà pourquoi elle ne se trouve pas sur la photo de groupe prise sur la grande terrasse. Cette terrasse est superbe : on y voit de près les sculptures du toit : les moulins à prières, les gazelles, le lion du Tibet. Notre guide nous dit que, comme le lion dévore et ne chie pas ( ?), ainsi le riche prend et ne donne pas, ce qui semble devoir être interprété comme une apologie de la richesse... Dans la bibliothèque, nous admirons les fameux livres de prières : les feuilles sont de grands rectangles à la base large, elles ne sont pas reliées mais empilées, enveloppées dans un morceau de tissu, puis serrées dans des plaques de bois, elles-mêmes fermées par un ruban. Nous assistons aussi à des joutes oratoires. Elles ont pour but de transmettre aux jeunes moines la doctrine bouddhiste. Les moines sont par deux. L’un est debout et domine l’autre assis. Il assaille son adversaire d’un flot de questions, cherche à l’intimider en claquant des mains et en mimant le coup de poing. Violence mimée et maîtrisée. L’adversaire assis par terre doit donner rapidement les arguments répondant à la question.

Visite à un endroit où on présente la médecine tibétaine à partir de thangkas explicatifs. Ensuite, nous pouvons consulter des médecins tibétains qui livrent leur diagnostic uniquement à partir des lignes de la main. Ils comprennent apparemment assez rapidement qu’à part Michèle, pas grand monde n’est disposé à acheter ensuite des herbes médicinales et les diagnostics sont quelque peu expédiés… Puis tour rapide à la boutique, grand espace commercial où nous ne pouvons pas photographier les plantes médicinales dans leurs boîtes formatées (comme en pharmacie chez nous mais ici, ça prend plus de place). Étonnant quand même : vers la sortie de cette "pharmacie" traditionnelle, des cigarettes !

L’après-midi, temps libre après avoir rencontré les membres de l’ONG américaine qui s’occupe d’un projet d’artisanat local (notre guide nous avait emmenés voir leurs productions quatre jours plus tôt) et qui souhaite avoir notre avis de touristes sur ces productions. La plupart se baladent dans la vieille ville de Shangri-La ou dans la ville moderne. La pluie qui nous avait épargnés le matin refait son apparition.

Le soir, souper sympa dans un restaurant indien de la vieille ville. On en retiendra l’amour immodéré d’Élisabeth et Valérie pour les gros cafards (Valérie en dansera même le flamenco ; faut pas essayer de comprendre les artistes ni d’où vient leur inspiration), Myriam sur la table du restau imitant un yack qui s’ébroue et grogne, le bai jiao, les chanteurs musiciens, Zhang Jie et son amie Sofia passablement extravertie qui nous font la chansonnette et un inénarrable Jean-Paul qui karaokette. Retour sous une fameuse pluie.

20e jour : mardi 31 juillet : Shangri-La, la balade vers le monastère et la fête de Jean-Paul

Nous passons près d’un lac où nous espérions faire du cheval mais le terrain est vraiment trop boueux et nous y renonçons. À la place, nous faisons une belle balade à pied dans la campagne vers le monastère à l’arc-en-ciel vu hier. Les chemins détrempés créent de belles courbes dans ce paysage d’eau, de lumière et de nuances de vert. Par moments, il faut quelque peu se mouiller les pieds pour passer. Nous passons par des villages où on construit encore et toujours. Ici, les grandes maisons tibétaines dénotent une relative opulence. Devant beaucoup de maisons, nous voyons un camion. Les agriculteurs ou les éleveurs semi-nomades font probablement du transport de matériau dans la région lorsque leur travail le leur permet. Sur les terrasses sèchent le foin et l’orge. Les maisons sont particulièrement grandes et l’architecture de leur façade est recherchée. Nous passons aussi à proximité d’une briqueterie. La pluie qui menace depuis le début commence à tomber quand nous sommes invités dans une maison dont la construction s’achève. Il s’agit d’une maison pour des semi-nomades. Y vivront les grands-parents, les parents et deux enfants. Ils sont actuellement à la montagne pour garder les yacks. Seule la femme est là pour donner à manger aux artisans au travail. Deux peintres peignent les murs de la pièce centrale (ils mettront dix jours à deux pour arriver au bout). Ces peintures représentent entre autres les huit signes auspicieux (l’infini, la conque, la bannière de la victoire, la coupe d’abondance, l’ombrelle, la roue de la loi, les deux poissons d’or, le lotus), des paysages au gré des saisons… La femme nous prépare de la tsampa, une grosse boule de farine d’orge fade et assez indigeste tandis qu’un des hommes nous prépare du thé au beurre. Dans une baratte, long et étroit cylindre de bois contenant déjà des feuilles de thé, il rajoute deux grosses cloques de beurre, beaucoup de sel et de l’eau bouillante ; puis il mélange vivement le tout, avant de nous servir abondamment… Nous repartons tandis que les hommes retiennent les chiens. Continuation de la belle balade sous une petite pluie insistante. D’autres maisons étonnantes, assez cossues. Après-midi libre (demandée avec insistance…), ce qui nous permet d’organiser une petite fête pour l’anniversaire de Jean-Paul. Nous le vieillissons de quelques jours prématurément mais nous pensons qu’il sera sensible à la présence de Zhang Jie qui part bientôt. Soir : fondue chinoise dans la vieille ville : légumes, viandes, nouilles dans l’eau bouillante. Après avoir bâfré (sic…), nous fêtons Jean-Paul en nous remémorant quelques bons moments du voyage ou en chantant. Chloé et Fanny, déguisées, ont préparé deux superbes chansons ! Zhang Jie et son boss ont prévu un ENORME gâteau à la fleur de lotus en plastique particulièrement musicale (merci Frank !). Bon anniversaire Jean-Paul et merci pour le voyage !

21e jour : mercredi 1er août : de Shangri-La (3340m) à Lijiang (2100m)

Le temps semble s’être un peu levé : plus de nuages menaçants mais un ciel gris assez haut qui laisse une bonne visibilité. Nous partons pour la dernière étape du voyage : Lijiang. Premier arrêt en pays Yi. Ce n’est plus l’architecture tibétaine. Les maisons sont plus petites, sans caractéristiques vraiment communes. Paysage de montagnes boisées et de cultures. Deuxième arrêt : les Gorges du saut du tigre. Leur nom se réfère à la légende qui raconte que, pour échapper à un chasseur, un tigre sauta par dessus le fleuve en son point le plus étroit. Nous y découvrons… le tourisme chinois de masse, ce qui implique pas mal de coups d’ombrelles. Mais bon, il n’y a pas que nous quinze au monde… Au travers de gorges étroites, nous descendons 500 marches vers le fleuve tumultueux, le Yang-Tsé, puis, sous un franc soleil, nous regrimpons, croisant de temps à autre des chaises à porteur. Nous aurons laissé la pluie à Shangri-La. Depuis le matin, la route est aisée, malgré de nombreux petits éboulements. À notre étonnement, le chauffeur ne dépasse pas 60 km/h alors que la route est dégagée (du bétail de temps en temps quand même) et que nous le savons pressé (il espère rentrer ce soir à Shangri-La) : on apprend seulement maintenant que c’est la loi et que s’il dépasse les 60 km/h, il risque un retrait de licence professionnelle, ce qui est assez dissuasif… Ce chauffeur – qui maîtrise bien sa mécanique – nous aura gratifiés tout au long du voyage de crachats abondants (jusqu’à l’intérieur d’un hôtel 4 étoiles), consciencieusement préparés par des raclements de gorge prolongés et suggestifs. Troisième arrêt : belle vue sur un paysage de montagnes et de vallées. Au creux de l’une d’elles, une petite ville. Les Mongols, et après eux, l’Armée rouge, ont voulu traverser là le Yang-Tsé mais ils ne savaient pas nager. Alors ils ont tué les chevaux et les vaches, ont gardé la peau qu’ils ont cousue. Ils ont soufflé dedans : et voilà leurs bouées prêtes pour traverser. Au-delà des montagnes, c’est la Birmanie. À l’endroit d’où nous admirons la vue, de nombreuses boutiques en plein air présentent des objets d’artisanat fort différents de ceux que nous avons vus jusqu’ici. Nous reprenons la camionnette et apprenons que, peu de temps après notre passage, il y a eu un éboulement qui a bloqué l’entrée d’un petit tunnel. Nos bagages arriveront plus tard : le chauffeur de l’autre camionnette doit faire un long détour. Arrivée à Lijiang dans un hôtel de charme : un petit village avec ruelles et patios à l’intérieur de la vieille ville, protégé par un dieu grimaçant placardé sur chaque porte d’entrée et destiné à chasser les puissances du mal. Séduits que nous sommes ! Le soir, quelques-uns découvriront au restaurant les savoureuses racines de lotus… à côté de poissons fort peu appétissants, la tête émergeant de l’eau grisâtre.

22e jour : jeudi 2 août : Lijiang (2100m)

Lijiang est une des rares vieilles villes chinoises à avoir été préservée. Et pourtant elle a subi un tremblement de terre en 1996 mais a été bien reconstruite. Une partie importante de sa population appartient à la minorité naxi. La culture naxi s’appelle aussi culture dongba, du nom de sa religion et de ses prêtres. Cette peuplade peu nombreuse (environ 300 000 personnes), à l’origine animiste et matriarcale, jouissait d’une grande liberté sexuelle. De multiples cours d’eau traversent la ville et lui donnent un charme tout particulier.

Matin : balade dans la vieille ville. Visite du Palais d’été du clan Mu, des Naxi séduits par la culture han. Enfilade de pagodes dans un fort beau jardin : un énorme acacia, des orangers, un bananier, un arbre aux fleurs oranges qui sentent divinement bon, surtout des cyprès ronds, vieux, tordus. Belle vue sur les toits de la vieille ville. Ce palais est très "han", malgré quelques inscriptions en naxi et quelques peintures dans le style naxi. Nous y verrons pour la première fois les fameux vases Ming. Dans la boutique, le superbe papier artisanal naxi. Après-midi : balade/shopping dans la vieille ville, bourrée de boutiques présentant un artisanat et des créations de qualité.

23e jour : vendredi 3 août : Lijiang (2100m)

Nous partons en bus local au musée ethnographique de la culture naxi et des dongbas, les sages / chamans naxi. Une légende naxi implique un ancêtre commun aux Tibétains, Bai et Naxi. Représentation du zodiaque chinois basé sur l’année lunaire, incluse dans un cycle de douze années, chacune placée sous le signe d’un animal symbole : le rat, le buffle, le tigre, le lièvre, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et le cochon. À retenir surtout la salle des manuscrits et la salle d’art, après la boutique, point ultime de la visite menée par une guide naxi parlant anglais et s’étant proposée gratuitement (Jean-Paul cherchait l’erreur). Dans la boutique, un homme écrit en écriture naxi sur du beau papier artisanal. Cette écriture n’est plus écrite et comprise que par quelques personnes. On a le sentiment cependant que les Naxi essaient de sauver leur ancienne culture (le tourisme balbutiant va-t-il l’aider à survivre ou la tuer ?). Cette écriture comporte environ 1400 pictogrammes, proches de dessins. Plusieurs d’entre nous achèteront un dictionnaire (Joseph Rock, un linguiste et botaniste autrichien amoureux de la culture naxi, avait élaboré un dictionnaire au début du XXe siècle) ou un jeu de cartes montrant les pictogrammes naxi. Pour saluer les gens, on dit Alalilale ("content de vous voir") et on répond quelque chose comme Mimilala !

Parc du Dragon noir : lacs, arbres se penchant sur l’eau, quelques temples et pagodes, ponts sur les lacs. Un îlot de calme. Brodeuses au travail. A l’entrée de l’Institut de langue tibétaine, une accumulation assez ahurissante de cadenas : il semble que ce soit une manière de déposer des vœux ( ?). Retour à pied par le parc, la ville moderne, la ville ancienne. Nicole, la reine du marchandage, écrase les prix. Jean nous quitte en fin d’après-midi : le travail l’appelle ! Soir : balade dans un Lijiang illuminé par ses multiples lanternes rouges, mettant en évidence la beauté de l’architecture. Émerveillement.

24e jour : samedi 4 août : Lijiang (2100m)

Après une longue négociation menée par Élisabeth, nous partons en camionnette dans les environs de Lijiang. Arrivée à Beijing sous le smog, spécialité locale. Baixa : temple en bois sobre, fresques murales fort abîmées : on y devine un art parfois assez différent de ce que nous avons vu jusqu’ici. Petit temple dans les environs : le Yufeng Monastery construit à la fin de la période Qing, ou "le temple aux acacias" : acacia assez impressionnant (fleurs rouges que nous ne verrons pas). Ensuite, détour par un pseudo-village mongol reconstitué. En fait boutiques chères et moins belles qu’à Lijiang. Certains vont à une dégustation de thé et en reviennent pourvus et enchantés de l’accueil de "l’homme à l’oiseau". Dans la rue, quelques femmes avec leur beau porte-bébé brodé. Le soir, à nouveau superbe balade dans un Lijiang féerique. Myriam, Anne et Philippe font une moisson de photos. Près de la place centrale, découverte de la fièvre du samedi soir locale : beaucoup de bars où l’on chante et danse. L’alcool coule (un groupe de Chinois n’arrêtent pas de crier "Yasho" – bravo – à l’intention de leurs amis – et surtout amies – qui ont pu rentrer dans un bar bondé), des jeunes femmes se penchent du haut des fenêtres et aguichent plus ou moins discrètement le chaland… L’atmosphère reste cependant bon enfant. Beaucoup de gens viennent déposer dans l’eau une fleur de lotus avec en son centre une bougie allumée : fragilité des vœux humains… Nous quittons ces lieux bruyants et continuons notre promenade nocturne. Merveille de l’atelier de fabrication du papier naxi et de cette écriture calligraphiée.

25e jour : dimanche 5 août : Lijiang (2100m)

Le matin, Jean-Paul, Élisabeth, Fanny, Frank, Valérie, Chloé et Myriam font une balade à cheval le long d’un lac proche de la ville. Élisabeth découvre l’ivresse du galop… Les autres : balade dans la vieille ville, toujours fascinante. Dans les petites rues à l’écart de la "Kiwi Street", nous découvrons un artisan qui fabrique des coussins et édredons en soie pure, à partir des cocons de vers à soie. Les cocons sont ouverts à la main dans des seaux remplis d’eau : on en enlève la larve morte, on rince, puis on étire la soie que l’on fait sécher. 14.000 cocons sont nécessaires pour une seule couette ! L’après-midi : bagages : arrivera-t-on à tout boucler sans dépasser 20kg (les bourses se sont déliées à Lijiang) ? Suspense… Soir : apéro d’adios à Jean-Paul, Élisabeth et Fanny qui restent encore en Chine (Jean-Paul a même appris durant le voyage que son séjour se prolongerait de deux-trois semaines : on lui demande de contribuer à évaluer l’impact du chemin de fer Pékin-Lhassa sur la vie des Tibétains). Et le soir, dernière balade nocturne…

26e jour : lundi 6 août : de Lijiang à Beijing

Lever à 5h30. Avion Lijiang-Beijing, via Kun Ming, la capitale du Yunnan, où nous faisons une brève escale. Arrivée à Beijing sous le smog, spécialité locale. Jean-Paul nous a soignés aux petits oignons : à Beijing, nous sommes accueillis par une guide, toute en finesse (aux deux sens du terme), venue souvent en Belgique et apparemment un tout bon contact de Jean-Paul. Elle s’occupe de nos bagages – mis à l’abri – tandis que nous montons dans une camionnette qui nous véhiculera dans Beijing. Certains doivent faire un peu d’acrobaties, d’autres se retrouvent sur les genoux des premiers mais c’est OK ! Nous nous dirigeons vers le Magasin de la soie (est-ce qu’on ose dire qu’Anne a absolument voulu manger au Mc Do voisin ?) où la majorité des gens du groupe dépense ses derniers yuans. Ensuite nous allons prendre un véritable festin (dans l’ensemble, on avait fort bien mangé jusqu’ici mais là, c’était encore plus hummmmmmmmm ! ! ! !) avec, à la suite de nombreux plats, du canard laqué ! Puis, petit parcours en camionnette dans Beijing éclairé : place Tienanmen et entrée de la Cité Interdite, larges avenues avec leurs étonnants buildings… Arrivée à l’aéroport de Beijing et longue attente dans un aéroport vide et airconditionné.

27e jour : mardi 7 août : de Beijing à Bruxelles

L’avion part vers 3h50, avec 2h30 de retard. Tout le monde dort (ou essaie) dans l’avion. Arrivée à Bruxelles vers 8h (14h, heure de la Chine). Heureux du voyage, heureux de rentrer !

trekking le fameux trekking

1 Message

  • Bonjour,

    Dans votre récit, j’ai trouvé la phrase suivante : "À l’origine, ce monastère relevait de l’école kagyupa (en Europe et aux USA, les adhérents de cette secte portent des vêtements blancs). " Cela m’a fort suprise, car si je ne puis parler pour les US, en Europe tout du moins les laïcs ont tendance à plutôt adopter le rouge, le bordeau ou l’orange si fréquemment porté par les moines. Le blanc serait plutôt l’apanage des traditions du sud-est asiatique et des traditions theravada, laïcs et moniales confondsu, en occident comme en Asie. Cela n’a guère d’importance bien sûr, mais cette mention m’a étonnée, j’ai pris plaisir à la lecture de votre récit, je vous en fais donc le retour.


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