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Un village situé à 100 km de Lhassa

dimanche 22 février 2009

64 familles, soit 286 Tibétains, habitent ce village qui longe la nouvelle voie de chemin de fer reliant Golmud à Lhassa. La surface cultivable est d’une soixantaine d’hectares pour tout le village, ce qui revient à peine à un hectare par famille. Trente ans auparavant, le village disposait encore de deux hectares par famille, parce qu’à l’époque, le nombre d’habitants était la moitié de celui d’aujourd’hui. Toutefois, même avec une superficie réduite, le rendement agricole a dû augmenter pour pouvoir nourrir une population croissante. Actuellement, vingt-cinq hectares sont réservés à la culture de l’orge et du froment d’hiver, sept hectares à celle du colza, et deux aux pommes de terre. Autour des maisons, les villageois cultivent des légumes pour leur propre consommation. Le village gère un troupeau de 320 bêtes, yacks et moutons confondus. L’été, quelques villageois les emmènent paître dans les montagnes. Les travaux des champs sont organisés en commun.

Après le retrait d’une partie des récoltes pour l’usage de chaque famille, le surplus des moissons est rassemblé pour en faire une seule vente. Le bénéfice de la vente est lui aussi partagé entre les familles, en tenant compte de la surface des champs, mais dans ce village elle est pratiquement identique pour toutes les familles. Actuellement, le bénéfice moyen par famille est de 200 euros par an. Une partie du bénéfice de la vente est mise de côté avant le partage, en vue de faire des achats groupés. En quoi consistent ces achats pour tout le village ? Il ne s’agit pas de semences que les agriculteurs produisent eux-mêmes, ni de semences « améliorées » offertes par les autorités locales. Le fumier pour l’engrais provient du bétail, mais celui-ci circule la plupart du temps en liberté, c’est pourquoi le village achète parfois des compléments chimiques. Par le passé, le fumier servait aussi au chauffage, mais aujourd’hui, le village est passé au charbon. Les petites infrastructures villageoises sont également gérées en commun et nécessitent parfois des dépenses. Par exemple, un local est destiné à l’aide médicale urgente ; il faut de temps en temps renouveler le stock de médicaments et entretenir le dispensaire. Les achats groupés peuvent aussi concerner la construction d’un nouveau stupa ou d’un nouveau temple (ce qui fut fait au village, il y a quelques années), ou le renouvellement des tuyaux d’irrigation, etc.

le "bourgmestre" le "bourgmestre"

Mais comment tout ceci est-il organisé ? Le chef du village est élu par les villageois pour une période de six ans. C’est lui le « manager » comme il se plait à le dire lui-même. Pour lui, il s’agit d’organiser l’économie générale du village, de partager les bénéfices, de dispatcher les tâches en commun, mais il doit aussi parfois jouer le rôle de médiateur lors de conflits survenant au sein du village, et puis, il est la personne de liaison entre les villageois et les autorités tibétaines. En RAT, les chefs de village d’un même canton se réunissent régulièrement pour échanger leurs expériences et mutuellement s’informer sur des initiatives récentes prises par les autorités régionales, par exemple, les nouvelles possibilités de formation pour les agriculteurs.

Lors de la construction du chemin de fer, les villageois qui avaient participé à former le talus pour poser la voie, ont reçu un salaire mensuel de 170 euros ; idem pour une participation au projet de reboisement sur les flancs de montagnes aux environs, avec, en prime, une parcelle de terre pour y pratiquer de la sylviculture quand le temps sera venu. Ces travaux occasionnels viennent arrondir le maigre bénéfice des cultures (200 euros par an). Deux familles sur trois ont pu s’acheter un petit tracteur et quatre familles du village possèdent aujourd’hui un camion. Par contre, il n’y a ni moto, ni chevaux au village. Pour aller à l’école primaire, les enfants doivent marcher jusqu’au village voisin, qui n’est pas très éloigné. Les enfants plus grands restent en semaine à l’internat de Tulun, chef-lieu du canton, pour suivre les cours de l’école secondaire. Quand je demande au chef du village ce qu’il projette pour les années à venir, la réponse est immédiate : « construire de meilleures maisons avec ce que va rapporter la petite fabrique nouvellement installée ». Un Chinois de Hong Kong a fait construire une petite usine de biscuits dans la vallée, non loin du village. Les biscuits seront fabriqués à partir de l’orge produite sur place. Quelques villageois trouveront un emploi dans la biscuiterie et, de plus, le village pourra vendre son orge à un prix plus élevé.

la petite usine de biscuits se met en place

la petite usine de biscuits se met en place


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