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Irrigation des champs

une famille à Narthang, près de Xigaze

lundi 16 février 2009, par Jean-Paul Desimpelaere

Le village de Narthang, situé à l’ouest de Xigaze, compte une centaine de familles. La rivière coule assez loin du village ; celui-ci s’échelonne sur des pentes friables et sablonneuses. Le flanc de la montagne que l’on voit au loin est désertique.

Le fermier Tashi vient de rentrer 15 tonnes d’orge. Il s’agit d’une belle récolte,qui s’explique en partie par la superficie avantageuse de son terrain (4 hectares). Cependant il ne peut en irriger que la moitié parce que l’eau disponible au village est insuffisante pour arroser tous les champs du village. Il nous explique : « pendant la Révolution Culturelle, nous avons construit un barrage pour récolter l’eau de pluie ruisselant des montagnes proches, mais la capacité du réservoir était insuffisante pour amener assez d’eau à tous les champs. A cette époque, il fallait transporter de l’eau en plus vers les cultures pendant une grande partie de l’année. Cela se faisait à dos d’âne. Heureusement, les autorités locales ont fait creuser un puits il y a une quinzaine d’années. Grâce au puit, nous avons maintenant suffisamment d’eau potable au village, et nous avons même de l’eau pour une irrigation de nos champs, même si toutes les parcelles ne sont pas encore desservies ». 20 % de leur récolte d’orge est réservé à la fabrication du « chang », la bière fermentée artisanalement que beaucoup de Tibétains consomment tous les jours. Un autre petit tiers de l’orge est destiné au bétail, 15 % sert à leur propre alimentation et un tiers de la récolte est vendu. Le cheptel de la famille Tashi se compose d’environ 100 moutons et 12 vaches (7 vaches laitières, 1 taureau et 4 veaux). Le bétail occupe le rez-de-chaussée de la maison familiale. En dehors de quelques moutons destinés à la vente, le bétail sert essentiellement à nourrir la famille.

Comme c’est le cas chez la plupart des fermiers tibétains, il fait froid quand on entre chez Tashi. Il porte une veste en peaux de mouton… et je me trouve là, à côté d’eux, avec mes 100 % Goretex et fibres polyester ! Tous leurs habits, ainsi les tapis qui garnissent le sol, sont fabriqués sur place, par les membres de la famille. Ils sont onze dans la famille de Tashi, tel que je le vois sur une photo un peu jaunie qu’il me présente avec fierté. Ses deux frères et lui se partagent une épouse ; à eux quatre, ils ont eu quatre enfants, déjà adultes. Deux des fils vivent encore sous le toit familial ; ils ont une épouse en commun et à eux trois, ils ont eu quatre enfants, qui sont encore jeunes. Une « photo de famille » au Tibet constitue toujours un puzzle, surtout quand, en plus, des oncles s’en mêlent ! Un autre fils de Tashi et de ses deux frères est garde-forestier à Zedang, à l’est de Lhassa. La fille unique étudie dans une université en Chine intérieure. Il est assez fréquent que les familles rurales du Tibet « investissent » dans un de leurs enfants, permettant à ce dernier de suivre des études supérieures, ce qui constitue une sorte « d’assurance vie » à long terme.

la maison de Tashi en construction la maison de Tashi en construction

La famille de Tashi est actuellement affairée avec les finitions de leur nouvelle maison. Comme c’est le cas pour la plupart des maisons tibétaines, ce sont les poutres et les piliers en bois, chacun d’environ 2,5 m de long et de 20 x 20 cm d’épaisseur, qui ont coûté le plus cher : 20 euros pièce. La RAT n’offre que très peu d’arbres qui puissent produire ce type de poutres, or les spacieuses demeures tibétaines en comptent un bon paquet puisqu’elles forment l’ossature de la maison. Tashi me confirme que ces poutres massives sont pour la majorité importées du Sichuan, province voisine du Tibet. Les Tibétains fabriquent eux-mêmes les briques des maisons, mais ils achètent le parement de façade. L’ensemble des matériaux nécessaires à la construction leur demeure a coûté environ 5000 euros. L’aménagement intérieur est assez rudimentaire chez Tashi. Des vieilles armoires brunies et graisseuses longent les murs, dans le coin cuisine, je compte peu de casseroles et je ne vois que de la vaisselle bon marché. Seule une petite télé portative témoigne d’un soupçon de luxe. Les deux frères de Tashi essaient de trouver des petits contrats d’à point à Xigaze, ce qui de temps en temps rapporte un revenu supplémentaire à la famille. Un des petits-enfants, de 13 ans à peine, est assis silencieusement dans un coin sombre ; il suit attentivement nos allées et venues du regard. Je demande à Tashi pourquoi il n’est pas à l’école. « Lui, c’est le berger de la famille » répond Tashi, et l’enfant se redresse fièrement, avec des étoiles dans les yeux. A ma question « quel serait votre plus ardent souhait pour l’avenir ? », Tashi me répond, radieux, après une brève réflexion : « que mes petits-enfants puissent aller longtemps à l’école et que la famille reste unie ».

P.-S.

interview novembre 2008

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