Tibetdoc

Accueil du site > Agriculture > Familles d’agriculteurs > Des agriculteurs tibétains riches

Des agriculteurs tibétains riches

jeudi 28 février 2008, par Jean-Paul Desimpelaere

Dans une interview avec "Le Nouvel Observateur" (17/01/2008), l’actuel dalaï-lama a dit ceci à propos des Tibétains riches vivant au Tibet : “Depuis la venue des Chinois au Tibet, les quelques développements positifs ne peuvent compenser toutes les destructions qu’ils ont occasionnées. Bien sur, pour certains Tibétains qui jouissent aujourd’hui de beaucoup de privilèges – en termes de traitement, de logement, etc. – et qui viennent parfois de familles soi-disant de ‘serfs’, leur situation personnelle est nettement plus avantageuse maintenant.” Sous-entendu de la part du dalaï-lama est que les Chinois auraient soudoyé une minorité de Tibétains pour servir leur régime, des « fonctionnaires collaborateurs » bien payés. Il n’utilise pas cette expression de façon directe mais ses fans oui.

L’été dernier, nous avons cependant rencontré des fermiers riches, des Tibétains. Nous n’avons pas dû chercher longtemps pour trouver une famille d’un fermier Tibétain bien fortuné, à Xiangcheng (Chaktreng), à peu près à la frontière entre le Tibet et la Province de Sichuan.

C’est une des maisons colossales parmi les 21 maisons (semblables) dans le village. Le fait que nous avons dû passer à travers la porcherie au rez-de-chaussée pour arriver dans les pièces à vivre au premier étage montre qu’il s’agit de fermiers traditionnels. Mais quelle ne fut pas notre surprise, à l’étage : des meubles magnifiques qui n’ont jamais été chinés auprès d’antiquaires. Et d’espaces énormes, trop en fait. La famille avait construit cette nouvelle maison il y a 20 ans. A l’époque, ils y vivaient à 10. Les quatre enfants ont quitté la maison, les deux fils sont mariés et travaillent dans la ville de Xiangcheng, les deux filles sont à l’internat de la Haute Ecole des études tibétaines. Le patriarche de la maison est un oncle moine, et marchand de bétail. Durant la Révolution Culturelle (1964-1974), il a dû quitter le monastère et venir vivre dans sa famille. Il y est resté. Ses parents n’étaient pas des serfs dans l’ancien régime, mais des fermiers moyennement riches qui avaient leurs propres serfs. Ils n’ont pas été expropriés pendant la réforme agraire des années 60. La famille dispose encore aujourd’hui d’un hectare de terres, ce qui représente le triple de ce que possède une famille moyenne paysanne chinoise. Sur ces terres ils produisent surtout des céréales, de l’orge, du maïs, des pommes de terre et des tomates en serre. A côté de cela ils ont 4 porcs et 6 vaches. Mais leur petite fortune, ils la doivent à leur oncle moine et son commerce de bétail. Celui-ci procurait à la famille un revenu supplémentaire de minimum 1000 euros par an que la famille dépensait intégralement à l’achat de meubles et d’appareils ménagers. Régulièrement, les membres de la famille parcouraient les montagnes pour aller ramasser des champignons (le fameux « caterpillar fungus ») et d’autres plantes médicinales, pour ensuite les vendre sur le marché.

un décor intérieur somptueux un décor intérieur somptueux

Pour l’oncle moine, il y a, au premier étage de l’habitation colossale, une salle de prière où l’on peut mettre une centaine de personnes. Nous leur avons demandé si leur maison avait coûté une fortune. "Non", ont-ils répondu, "seuls les piliers et la décoration nous ont coûté de l’argent. Pour la construction même les gens du village nous ont aidé gratuitement". Interview, septembre 2007


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette