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« Ma voie du milieu a échoué »

samedi 15 novembre 2008, par Jean-Paul Desimpelaere

Lors d’une visite effectuée au Japon début novembre 2008, le 14e dalaï-lama a déclaré lors d’une conférence de presse (citée par l’agence AFP dans « Le Soir » du 4 novembre) que sa demande de « plus d’autonomie » pour le Tibet, à la place de « l’indépendance », avait échoué. « Ma confiance dans le gouvernement chinois a diminué de plus en plus, la répression a quant à elle augmenté, et je ne peux pas dire que tout va bien. Je dois admettre que nous n’avons pas réussi. Notre plan pour provoquer des changements a échoué, alors que dans un même temps la critique à l’intérieur de la communauté tibétaine (en exil) s’est accrue. »

Il enjoint les Tibétains à garder toutes les options ouvertes. « Toutes les options », cela signifie-t-il œuvrer ‘non pacifiquement’ pour l’indépendance ? Beaucoup de voix vont dans ce sens à l’intérieur de la communauté tibétaine vivant à l’étranger. Et ils ne feront entendre ces voix qu’après en avoir référé à leurs sponsors, principalement les Etats-Unis. Le gouvernement chinois est particulièrement fâché de ce que le 14e dalaï-lama ne se distancie pas ouvertement d’un appel à la violence lancé au sein de la communauté tibétaine à l’étranger. Il appelle cela une rupture de promesse, étant donné que, pendant les négociations de juillet, les deux représentants du 14e dalaï-lama n’avaient aucun problème pour dire « ne pas vouloir utiliser la force » et « ne pas vouloir tendre vers l’indépendance ». (Xinhua, 11 novembre).

De toute façon, le ton est donné pour une rencontre des 580 délégués de la communauté tibétaine réunis à l’étranger du 17 au 22 novembre 2008, à Dharamsala en Inde. Le plus grand dirigeant, le 14e dalaï-lama en personne, dont une énorme photo orne la tribune, a déclaré que « La voie du milieu a échoué ». Cela avait déjà été dit par de nombreux expatriés ces dernières années, mais aujourd’hui ces propos reçoivent une totale bénédiction. C’est aussi la première fois qu’une rencontre d’une telle importance a lieu à Dharamsala et que la presse internationale en fait écho. Ce grand plébiscite, passablement ouvert, ne pourrait exister dans le cas d’une stratégie peu précise et sans aucun soutien de la part de stratèges « internationaux ». « La situation au Tibet s’aggrave et devient intenable », déclare le premier ministre et lama Samdhong Rinpoché du « gouvernement en exil » dans son discours d’ouverture. L’issue me semble prévisible : le « gouvernement en exil » recevra un mandat clair de la part de leur communauté à l’étranger pour s’opposer davantage au gouvernement chinois.« L’autonomie totale » deviendra de nouveau, clairement, une « véritable indépendance ».

Début novembre, deux représentants du dalaï-lama négocient un nouveau « mémorandum » avec l’autorité chinoise, comprenant des propositions concrètes sur comment ils voient cette « autonomie » en pratique. Quelques positions connues s’y retrouvent comme la création d’une seule entité administrative d’un « Grand Tibet », l’utilisation de la langue tibétaine, seule, l’admission à nouveau d’enfants moines, le non contrôle par l’administration des monastères et des réincarnations, la reconnaissance comme « scientifique » des cours de la psychologie bouddhiste, de métaphysique et de cosmologie, la réorganisation du Tibet comme réserve naturelle sur base d’anciennes et traditionnelles manières de vivre, et la reconnaissance que de toutes les terres retournent aux mains des Tibétains. Ils veulent également l’autogestion du Tibet sans subsides de l’état central, un appareil policier indépendant, une législation séparée, un arrêt de l’immigraton de non-Tibétains et le rapatriement de beaucoup de Han et d’autres nationalités « récemment arrivés ». Ils demandent également la création d’un bureau en charge des relations internationales concernant la culture, l’art, l’enseignement, les sciences, la santé, le sport, la religion, l’écologie, l’économie, etc. avec une représentation propre au niveau des instances internationales concernant les domaines cités (« The Official Website of the Central Tibetan Administration » ou « gouvernement en exil »).

Le 14e dalaï-lama ainsi que son « gouvernement en exil » a pris encore d’autres positions, bien connues, que celles reprises ci-dessus : la volonté que l’armée chinoise sorte du « Grand Tibet », l’installation d’un multipartisme, le rapatriement des tibétains en exil dans des postes ‘cadre’, une constitution propre basée sur le bouddhisme. « L’assemblée du peuple » va probablement lancer une sorte d’ultimatum au gouvernement chinois : « si nos propositions ne reçoivent aucune réponse positive, alors nous abandonnerons notre exigence modérée d’autonomie ».


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