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Zhaxi Dawa, "La splendeur des chevaux du vent"

lundi 1er février 2016, par Elisabeth Martens

Ce petit livre de quatre nouvelles, édité chez Acte Sud, vaudrait bien plus qu’un simple article ! C’est une fabuleuse plongée dans le Tibet d’aujourd’hui, un Tibet qui prend son passé proche et laintain sur le dos comme un sac rempli de trésors.

Zhaxi Dawa est le surnom de Zhang Niansheng, un auteur bien en vue actuellement en Chine. Il est né en 1959 à Batang, une petite ville située sur la frontière entre le Sichuan et le Tibet, dans ces merveilleux paysages de montagnes escarpées, sillonnées de rivières tumultueuses et au sommets enneigés. Son père est Tibétain et sa mère est Chinoise Han, rien d’exceptionnel dans cette région où, de longue date, se cotoyent diverses ethnies.

Il passe son enfance et son adolescence à Chongqing où il est scolarisé en langue chinoise. Dans les années 60, Chongqing était la ville principale du Sichuan, une ville ouvrière. Située sur le cours supérieur du Fleuve bleu (Yangzi Jiang), elle se préparait à un développement industriel rapide. Actuellement, elle est devenue un pôle économique majeur de la Chine, on la surnomme la "nouvelle capitale du Grand Ouest".

Zhang Niansheng se montre doué pour les arts à l’école, aussi est-il envoyé à Lhassa pour y apprendre la peinture traditionnelle des tangkas. Là-bas, il est rapidement engagé comme designer et costumier au Théâtre régional du Tibet. Il travaillera aussi dans l’édition pour gagner sa croûte. Il n’a pas encore 18 ans quand le ministère de l’éducation lui offre une bourse d’étude d’un an au prestigieux Institut national de l’Opéra chinois à Pékin.

C’est à Pékin qu’il se frotte à la nouvelle littérature chinoise. A la fin des années septante, un réalisme dur, imprégné des années difficiles de la Révolution culturelle qui vient de se clore, domine les textes des écrivains chinois. En R.A.T., c’est au contraire une période de reconnaissance de la langue et de la culture tibétaines. Suite à des directives gouvernementales données en 1977, le magazine "Arts et littérature du Tibet" (Xizang Wenyi) voit le jour. Bien qu’il soit édité en langue chinoise, le Tibet commence à réaffirmer sa propre culture.

C’est à ce moment que Zhang Niansheng retourne à Lhassa. En 1979, il écrit ses premiers récits. Or le magazine "Arts et littérature du Tibet" était en recherche de nouveaux auteurs. C’est ainsi que le rédacteur en chef du magazine s’est tourné vers ce jeune homme qui lui avait envoyé une de ses nouvelles : "le Silence d’un sage". Elle ne correspondait pas vraiment à ce que le rédacteur chinois attendait d’un récit tibétain : pas de traces d’influence religieuse, pas de retour systématique aux valeurs traditionnelles, pas de social-réalisme, pas d’allusion à la Révolution culturelle,... mais un peu de tout ça quand-même avec, en prime, une pointe de nostalgie, genre "recherche de mes racines". Le rédacteur est ravi et demande à Zhang Niansheng d’adopter un nom tibétain. C’est ainsi qu’il devient Zhaxi Dawa.

Au fur et à mesure que Zhaxi Dawa aiguise sa plume, ses personnages oscillent entre des villes qui se font happer par la vie moderne, où les papiers graisseux et les plastiques d’emballage volent dans des rues désertes durant la nuit, et l’appel de la montagne, de la terre tibétaine, de ses villages et de ses habitants, sauvages et fiers. De même ses histoires, on ne sait pas exactement si elles se situent dans une réalité matérielle ou une réalité imaginée, tout intérieure. Ce balancement entre monde réel et imaginaire, entre passé et présent, entre vie citadine et rurale, entre modernité et traditions, se retrouve dans chacun de ses récits. C’est pourquoi on a l’a classé parmi les écrivains du "réalisme magique", un courant né en Amérique latine dans les années quarante et marqué par une atmosphère étrange, entre réalité et fiction. Gabriel García Márquez fut le premier écrivain latino-américain à avoir été traduit en chinois. Au début des années quatre-vingt, son ouvrage "Cent ans de solitude" aurait beaucoup marqué Zhaxi Dawa.

Toutefois, on peut aussi se demander si l’influence culturelle double dont a hérité Zhaxi Dawa, avec un père tibétain et une mère Han, n’est pas un élément majeur qui a forgé ce type d’écriture. La pensée de l’ambivalence, le passage des formes visibles aux formes invisibles, la continuité des flux entre mondes extérieur et intérieur sont des caractéristiques de la pensée chinoise qui se retrouvent tant dans la pensée taoïste que bouddhiste. Par ailleurs, l’enfance de Zhaxi Dawa s’est passée sur terres tibétaines, entre montagnes et rivières, parmi le peuple des Khampas dont les histoires sont animées des visions intérieures aussi réelles que les réalités tangibles.

Hélas !... un seul receuil de nouvelles est à ce jour disponible en français. Vivement d’autres histoires de Zhaxi Dawa, ou de la nouvelle mouvance de la littérature tibétaine fortement marquée par ce courant du "réalisme magique", car à travers ces récits, c’est la culture tibétaine dans ses splendeurs et ses contradcitions qui nous parvient.


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