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Critique de la Chronologie historique détaillée du Tibet établie par la « Campagne Internationale » en faveur du dalaï-lama 3ème partie

3ème partie

vendredi 10 juillet 2015, par Albert Ettinger


Le site de la « Campagne Internationale pour le Tibet » recèle une « chronologie historique détaillée du Tibet » (http://www.savetibet.fr/2009/12/ chronologie-historique-detaillee-du-tibet/) rédigée fin 2009 par Wangpo Bashi du « Bureau du Tibet à Paris ».

Nous poursuivons et achevons ici notre analyse de cette « Chronologie historique détaillée du Tibet »... 16 juin 1958 : formation de Chushi Gangdruk (littér. “Quatre rivières et Six montagnes” qui décrit la géographie de deux provinces orientales du Tibet – Amdo et Kham) à Chagtsa Drigouthang dans le district de Lhokha (au sud du Tibet, à la frontière nord-est du Bhoutan), conduite par Andruk Gonpo Tashi et d’autres dirigeants du Tibet oriental pour mener une résistance armée contre l’invasion chinoise.

D’abord, quelle « invasion chinoise » ? Avant la proclamation de la République Populaire de Chine, les régions en question n’étaient pas du tout des « provinces orientales du Tibet ». Elles étaient administrées par la Chine nationaliste, contrôlées par des seigneurs de guerre se réclamant de la République chinoise ou furent des principautés autonomes sous souveraineté chinoise. Elles ne faisaient pas partie du « Tibet politique » sous le contrôle du gouvernement de Lhassa. Ainsi, le sinologue allemand Hoppe, un « ami du Tibet » déclaré, confirme que l’affirmation du dalaï-lama selon laquelle le Tibet incluait les provinces de l’Amdo et du Kham « est fausse. Pendant la période du Tibet indépendant de 1912 à 1951, celui-ci n‘incluait pas ces régions situées en dehors de la Région Autonome, et de même, du temps des Qin, les régions en question ne dépendaient pas directement à Lhassa, mais constituaient des territoires et principautés autonomes sous souveraineté chinoise. »

La « résistance armée » de ces Khampas avait le caractère d’une « guerre sainte » lamaïste (cf. le titre du US News and World Report du 13 avril 1959 : « ’Holy War’ in Tibet »), dirigée par les abbés de quelques monastères récalcitrants et des chefs féodaux. Ainsi, French souligne que « Chushi Gangdrug, cette organisation qui sert souvent d’exemple pour le nationalisme tibétain militant, fut d’abord un mouvement de défense de la religion. » En plus, selon ce qu’en disent des auteurs aussi différents que Grunfeld, French ou Sam van Schaik, cette « résistance armée » mérite bien l’appellation de terrorisme. Selon Grunfeld, « les nomades Khampas hors-la-loi » utilisaient « la tactique de la terre brûlée » qui consistait à interrompre les voies de communication, à piller, violer, incendier et assassiner, ce qui répandait sans doute la terreur parmi la majorité des Tibétains. Même le journaliste Donnet, grand défenseur de la cause de l’exil, parle de « l’extrême sauvagerie » qui caractérisait ces attaques de khampas (Donnet : Tibet mort ou vif, p. 60).

Andruk Gonpo Tashi et les « autres dirigeants du Tibet oriental » dont parle la chronologie des dalaïstes ne furent nullement des dirigeants issus du (bas) peuple. Gonpo Tashi appartenait à une des plus riches familles du « Kham ». C’était d’ailleurs un buveur : la revue américaine Military History rapporte qu’il « tenait bien l’alcool » (Voir : Joe Bageant : CIA’s Secret War in Tibet). Baba Gen Yeshi, son successeur à la tête de la base terroriste de Mustang, « ressemblait plus à un chef tribal féodal qu’à un leader de partisans moderne ». Il détournait des fonds et des biens d’approvisionnement, « terrorisait les indigènes et dévalisait les paysans » (ibidem). Une autre source le décrit comme ayant été « analphabète, mais très intelligent et sans aucun scrupule ».

Dès avant la fondation de Chushi Gangdruk, au printemps 1957, la CIA avait commencé à entraîner des Tibétains à la lutte armée, à l’espionnage et au sabotage, d’abord sur l’ile de Saipan, puis au Colorado (Camp Hale), et à parachuter quantité d’armes et de munitions (en tout, entre 200 et 400 tonnes selon les indications américaines) au-dessus des foyers de rébellion.

10 mars 1959 : soulèvement populaire des Tibétains contre l’invasion chinoise à Lhassa.

12 mars 1959 : soulèvement des femmes tibétaines à Lhassa contre l’invasion chinoise du Tibet ; plus de 15 000 femmes y participent. Leurs chefs ont été arrêtées et exécutées publiquement par les forces chinoises.

16 mars 1959 : fuite en Inde du Dalaï Lama.

Tout d’abord, et encore une fois : Quelle « invasion chinoise » ? S’il y avait réellement eu « invasion », c’est en 1951 qu’elle aurait eu lieu en et non pas en 1959. Les auteurs de la « chronologie » ont sans doute préféré écrire « contre l’invasion chinoise » plutôt que « contre la présence chinoise », « contre les réformes chinoises » ou « contre la coopération du Kashag et du dalaï-lama avec les responsables chinois » . Pour éviter que ce « soulèvement populaire » n’ait un relent de xénophobie, d’orientation réactionnaire et de démagogie ? Il faut savoir que de tels « soulèvements » sur base de xénophobie et de fanatisme religieux n’étaient pas rares à Lhassa. Ainsi, le Bouriate russe Gonbojab Tsebekovitch Tsybikov (Un pèlerin bouddhiste dans les sanctuaires du Tibet. D’après les journaux de voyage tenus entre 1899 et 1902, p. 107) rappelle au lecteur : « … il y a un siècle environ, le clergé de Lhassa, mécontent de l’attitude hautaine de certains marchands népalais à leur égard, avait un jour, sous un prétexte futile, suscité des troubles dont la foule avait su profiter. Presque tous les magasins népalais furent pillés. »

La « chronologie » passe l’éponge, non sans raison, sur les circonstances exactes et le détail des événements de mars 1959. Ainsi, on ne risque pas devoir corriger les mensonges qu’on a débités pendant des décennies et qui ont été démentis entre-temps par la recherche historique sérieuse. En voici quelques-uns :

- « Les Chinois » auraient voulu s’emparer du dalaï-lama, l’enlever de force, le déporter ou même l’assassiner.

- Pour ce faire, ils auraient organisé une représentation de théâtre dans le camp de l’Armée Populaire de Libération et y auraient invité le dalaï-lama, qui devait venir sans sa garde armée habituelle.

- Le peuple de Lhassa, alarmé à juste titre par la nouvelle, aurait déjoué ce plan diabolique en se mobilisant et en s’interposant pour empêcher le dalaï-lama de se rendre dans le camp des Chinois, ce qu’il aurait été forcé de faire s’il n’avait trouvé cette échappatoire.

- Bien entendu, le « soulèvement » aurait été non-violent, la violence étant exclusivement le fait des militaires chinois. Ainsi, la « chronologie » parle assez vaguement d’ « exécutions par les forces chinoises » ; nulle mention n’est faite de violences de la part des insurgés.

On sait pourtant que :

- L’invitation à une représentation de théâtre en son honneur a été transmise au pontife tibétain longtemps avant, et le spectacle aurait dû avoir lieu au Norbulingka.

- C’est le dalaï-lama lui-même qui en a fixé la date, et c’est sur sa demande que le Norbulingka, qu’il juge trop petit pour la représentation, est remplacé par le camp de l’APL.

- Les émeutes qualifiées de soulèvement populaire spontané ont lieu sur fond d’activités militaires des rebelles, réfugiés au Tibet depuis leur défaite au Kham. Ils dévalisent des dépôts d’armes de l’armée tibétaine (avec la complicité de certains membres du Kashag), attaquent des postes de l’APL et coupent des voies de communication. Lhassa est alors pleine de réfugiés du Kham, de pèlerins et de moines.

- Les craintes et rumeurs au sujet d’un enlèvement du dalaï-lama par « les Chinois » n’ont alors rien de nouveau : elles ont déjà servi les éléments les plus réactionnaires en 1954 quand ils se sont opposés au voyage du pontife à Pékin, où il assiste aux sessions de l’Assemblée Populaire Nationale.

- La mobilisation de la foule est due à ces rumeurs complètement infondées, destinées à attiser le fanatisme religieux des masses et à l’utiliser à des fins politiques. Cette foule, devenue très vite violente, lynche des gens soupçonnés à tort ou à raison de sympathies pour les « Chinois ». En revanche, ceux-ci, de concert avec le dalaï-lama, appellent au calme.

- Le dalaï-lama lui-même se sent menacé non pas par l’APL et « les Chinois », mais par les Khampas contre-révolutionnaires. C’est du moins ce qu’il affirme dans sa correspondance avec le général Tan. Il y évoque même l’éventualité d’une atteinte à sa personne de la part de ces « mauvais éléments réactionnaires ».

- Ces mêmes éléments, étroitement liés à la CIA, jouent ensuite un rôle prépondérant dans sa fuite. Affolé par deux explosions dans les environs du Norbulingka et craignant pour sa vie, il prend la décision de quitter Lhassa après que l’oracle de Nechung lui eut enjoint de partir immédiatement.

- Fausses rumeurs et informations mensongères sur la répression chinoise et la destruction de sites historiques l’incitent finalement à franchir la frontière et à se réfugier en Inde (voir Sam van Schaik, Tibet, A History, p. 237 : „Later it turned out that some of the rumours – for example, that the Norbulingka and the Potala had been destroyed – were false, but there was no way of knowing that at the time”).

23 mars 1959 : l’armée chinoise hisse, pour la première fois, le drapeau aux cinq étoiles de la Chine populaire sur le fronton du Palais de Potala.

28 mars 1959 : Zhou Enlaï annonce la dissolution du Gouvernement « local » du Tibet.

15 juillet 1959 : tous les billets de banque et monnaie du Tibet ont été remplacés par la devise chinoise Renminbi.

Le gouvernement local, le kashag, constitué par des membres de la haute aristocratie tibétaine et du clergé, a donc pu continuer d’exister longtemps après 1951. La même constatation vaut pour l’armée tibétaine qui, d’après l’accord en 17 points, aurait dû être intégrée à l’Armée Populaire de Libération chinoise, et pour la monnaie. Ceci montre bien quel degré d’autonomie a été concédé au Tibet et avec quelle retenue et modération le gouvernement chinois abordait l’intégration de la région dans la République Populaire ainsi que les réformes politiques et sociales, pourtant indispensables et pressantes.

1er avril 1959 : le Dalaï Lama et son entourage arrivent au poste frontalier de Tchou Tr’angmo (Chudrangmo) et sont accueillis par l’Inde.

Les auteurs évitent de parler du rôle joué par les USA en vue de garantir l’accueil du dalaï-lama en Inde. Les agents tibétains de la CIA accompagnant le théocrate envoyèrent des messages radio à Washington pour tenir les Américains au courant du déroulement de sa fuite, et c’est Washington qui servit d’intermédiaire, informant Delhi et lui demandant d’accueillir les fuyards et de leur accorder l’asile politique. La réponse positive de l’Inde passa à son tour par Washington avant d’être transmise par la CIA aux Khampas.

1959-1973 : guérilla. La résistance tibétaine se replie au Mustang (Népal).

…sur ordre de la CIA, et sans la permission du Népal, dont cette région reculée et semi-autonome faisait partie sans être vraiment contrôlée par son gouvernement et ses forces armées. Ce « repli » est la conséquence de la déroute de la « résistance » au « Kham » et au Tibet même, dans des régions pourtant propices à des opérations de guérilla, de par leur étendue, leur inaccessibilité et leur relief. Les terroristes ont été vaincus aussi rapidement et n’ont pu tenir longtemps au Tibet à cause du manque de soutien de la population locale.

1er septembre 1965 : création de la “Région autonome du Tibet” (RAT) qui comprend le Tibet central et occidental, alors que les provinces du Kham et de l’Amdo sont définitivement incluses dans les provinces chinoises du Sichuan, Qinghaï, Gansu et Yunnan.

Les auteurs font une fois encore écho à la revendication du dalaï-lama d’un Grand-Tibet (appelé aussi « Tibet culturel », « Tibet historique » ou « plateau tibétain ») qui couvre en tout 2,5 millions de km², plus du double de la RAT, et qui inclut d’immenses territoires qui « n’ont jamais été administrés par Lhassa » (Voir French : Tibet, Tibet, p. 14). 1966-1976 : Révolution culturelle en Chine et au Tibet.

1969 : Profitant de la situation de chaos qui régnait alors sur la Chine et le Tibet, les Tibétains organisent un soulèvement populaire contre la Chine.

Au sujet de la “Révolution Culturelle Prolétarienne », retenons d’abord qu’elle n’est pas dirigée spécialement contre la culture tibétaine, et que les destructions au Tibet dont on aime accuser « les Chinois » ont été surtout l’œuvre de Tibétains (voir p. ex. Sam van Schaik qui souligne, p. 245, que „ most of the destruction was carried out by young Tibetan Red Guards. “)

Les chronologistes qui parlent d’un « soulèvement populaire des Tibétains » dans le cadre de la « Révolution Culturelle » veulent se référer sans doute aux agissements, dans la région de Nyemo, d’une fraction séparatiste des « gardes rouges » tibétains dirigée par Trinle Chodron et dont van Schaik fait état. Cette jeune nonne prétendait être possédée par une figure légendaire tirée du conte épique du roi-guerrier Gésar, recevoir des messages du dalaï-lama transmis par un oiseau, et ne pouvoir être tuée par balles. En tant que « garde rouge » lamaïste, elle glorifiait Mao comme une émanation de Manjushri, tout en prônant une résurrection du bouddhisme tibétain. Sam van Schaik informe ses lecteurs : « Les partisans de la nonne attaquaient avec une extrême violence, torturant et démembrant toute personne identifiée comme appartenant à la faction Namdrel » rivale. Trinle Chodron fut exécutée pour ses crimes en 1969.

1987-1989 : manifestations et soulèvement populaires à Lhassa. Répression violente ; loi martiale proclamée en 1989 par Hu Jintao alors Secrétaire du Parti communiste de la RAT (levée en avril 1990).

10 mars 2008 : soulèvement populaire et manifestations massives, d’abord à Lhassa, puis qui s’étendent dans les régions tibétaines de l’est et du nord-est. La répression chinoise a fait 218 morts (la Chine en mentionne 22), 1 290 blessés et 6 705 emprisonnés chez les Tibétains. Les restrictions du type loi martiale restent en vigueur avec la fermeture aux voyageurs et aux journalistes étrangers de toutes les zones tibétaines.

Toujours la même vieille rengaine : „Soulèvements populaires tibétains“, sans doute non-violents (sinon, ne devrait-on pas mentionner violences et actes criminels de la part des séparatistes ?) et « répression violente chinoise ». Qu’importe que cette caricature ne corresponde pas du tout à la réalité et aux faits ! Cette réalité, les partisans du « Free Tibet » en parlent tout au plus s’ils trouvent opportun de célébrer, à l’attention des lecteurs acquis à leur cause, les faits d’armes des séparatistes. Ainsi, le journaliste Donnet écrit, en relatant les événements d’octobre 1987 à Lhassa : « Tout d’un coup, une quarantaine de lamas sortirent en trombe du Jokhang, portant chacun un petit drapeau du Tibet nationaliste et hurlant des slogans hostiles à la présence chinoise au Tibet. (…) La réaction de la police fut cette fois-ci quasi immédiate. Au bout de quelques minutes, la plupart des manifestants étaient traînés à l’intérieur du poste de police voisin (…) Bientôt plusieurs milliers de Tibétains se regroupaient devant l’entrée du poste de police. Une pluie de pierres s’abattit sur cet édifice autour duquel plus d’une centaine de policiers arrivèrent très rapidement en renfort (…) Les policiers ne firent pas un geste, pétrifiés (…), le visage décomposé par la peur (…) En guise de protection, ils installèrent une dizaine de véhicules autour du bâtiment. Les Tibétains y mirent le feu. (…) Peu après, le poste de police prit feu à son tour. (…) Puis le bruit des armes automatiques retentit sur la place. D’abord des coups de semonce tirés ostensiblement au-dessus des têtes » (Donnet : Tibet mort ou vif, pp. 190-191). Ce n’est donc qu’en dernier ressort, sentant leur vie menacée, que des policiers ont utilisé leurs armes contre une foule déchaînée et violente qui venait d’incendier des véhicules et le poste de police. Et la violence ne s’arrête pas là. Donnet poursuit : « Des Tibétains s’en prirent à des civils chinois dans les magasins aux alentours », tandis que les « jets de pierres continuèrent pendant plusieurs heures, empêchant les pompiers de s’approcher du poste de police en feu » (p. 193). Il dresse le bilan suivant : selon lui, il y aurait eu « treize morts, six policiers chinois et sept Tibétains » (p. 197).

Scénario similaire en mars 1988 : Le matin, pendant la grande prière du Nouvel An tibétain (le Monlam Chenmo) au temple du Jokhang, « dans le brouhaha des prières, plusieurs dizaines de poings fermés se levèrent dans les rangs des lamas », donnant le signal de départ pour de nouvelles émeutes. « Bientôt une pluie de pierres s’abattait sur les forces de l’ordre » ; des « lamas installés sur le toit du Jokhang firent tomber une grêle de pierres sur les véhicules de la police » et sur « une station mobile de la télévision de Lhassa ». Les autorités tentèrent d’éviter l’emploi des armes à feu, c’est pourquoi « le matin, les policiers ne portaient pas d’armes ». Mais pendant tout l’après-midi, de nombreux émeutiers « affrontèrent la police » ; « de « nombreux magasins tenus par des Chinois furent pillés et incendiés », le bureau de « l’association du Bouddhisme de Chine » ainsi qu’ « un poste de police » attaqués et de « nombreux policiers furent battus et lynchés » (Donnet, pp. 205-206). Le bilan officiel : « un policier mort et 309 autres blessés, dont 29 grièvement » (p. 208).

En 1989, non pas quand le réveil sonne, comme pour Bill Murray dans « Un jour sans fin », mais quand commencent les festivités religieuses du Nouvel An tibétain, c’est reparti : Des émeutiers, moines en tête, s’en prennent « aux bâtiments du Parti communiste et du gouvernement local, aux véhicules de la police et aux magasins tenus par des Chinois », à « quatre postes de police et d’autres bâtiments officiels » ainsi qu’au « bâtiment de la Banque de Chine ». Donnet résume : « Des résidents chinois de Lhassa, dont des musulmans, ont été lapidés, des magasins et restaurants incendiés ». Le gouvernement se voit obligé de décréter la loi martiale.

En 2008 encore, dans le cadre de la grande campagne internationale contre les Jeux Olympiques de Pékin orchestrée depuis Washington, on a l’impression d’un déjà-vu : Résidents Han et Hui de Lhassa agressés sauvagement et lynchés, magasins incendiés, employés brûlés vifs. Face à cette nouvelle « Nuit de Cristal » tibétaine, les médias occidentaux s’en tiennent, comme d’habitude, aux clichés. Les témoignages de journalistes et de voyageurs occidentaux présents sur les lieux, « assez éloignés de ce que les médias occidentaux relayent » (selon Serge Koenig, vice-consul de France à Chengdu), sont biaisés pour corroborer le récit partial d’une répression chinoise aveugle. (Voir à ce sujet l’article bien documenté de Peter Franssen sur www.tibetdoc.eu, rubrique : « Conflits » ; sous-rubrique : « Incidents mars 2008 ».)

Nous allons nous arrêter ici en ce qui concerne nos commentaires sur les « oublis » et distorsions des auteurs de la « chronologie historique détaillée du Tibet » (http://www.tibet-info.net/www/Chronologie-historique-detaillee.html ?lang=fr). Un dernier mot encore au sujet des « références recommandées » en français et en anglais qu’ils indiquent. Comme il fallait s’y attendre, ils ne recommandent au lecteur intéressé que quelques ouvrages partisans. En français, il s’agit de « Mon pays et Mon peuple, du Dalaï Lama » ; « Au loin la liberté, du Dalaï Lama » ; « Histoire du Tibet, de Laurent Deshayes » (qui a collaboré à cette même « chronologie » éminemment partiale) ; « Le feu sous la neige, de Palden Gyatso « et « Tibet Rouge, capturé par l’armée chinoise au Kham, de Robert Ford ». En anglais, ce sont les ouvrages de propagande écrits par l’aristocrate tibétain W.D. Shakabpa et par Tsering Shakya. On remarque l’absence d’ouvrages un peu plus indépendants et critiques tels que « Clichés tibétains » de la chercheuse à l’INALCO Françoise Robin ou « Tibet, Tibet » de l’Anglais Patrick French, mais surtout l’absence de toute littérature scientifique, des œuvres de Goldstein, Grunfeld ou Donald S. Lopez jr. par exemple.

Quant à nous, nous avons cité :

Pierre-Antoine DONNET, Tibet mort ou vif, Gallimard, 1992

Patrick FRENCH, Tibet, Tibet, A Personal History of a Lost Land, Vintage Books, 2003

A. Tom GRUNFELD, The Making of Modern Tibet, revised edition, M. E. Sharpe, 1996

Thomas HOPPE, Tibet heute, Aspekte einer komplexen Situation, Institut für Asienkunde, Hamburg, 1997

Serge KOENIG, Alpiniste et diplomate, j’entends battre le cœur de la Chine, Éditions Glénat, 2013

Sam van SCHAIK, Tibet, A History, Yale University Press, 2013


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