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un gène tibétain

mercredi 2 juillet 2014

Un gène hérité d’un humain primitif, proche cousin de Neandertal disparu voici au moins 40.000 ans, a aidé les Tibétains à s’adapter à la vie à haute altitude, affirme une étude.

Il s’agit d’une variante rare d’un gène impliqué dans la production d’hémoglobine (la molécule qui transporte l’oxygène dans le sang) et qui s’est largement diffusée dans la population tibétaine lorsqu’elle s’est établie sur les hauts plateaux de l’Himalaya, voici plusieurs milliers d’années.

Et c’est ce gène surgi du passé qui a permis aux Tibétains de survivre dans une atmosphère à l’oxygène raréfié, au-delà de 4.500 m d’altitude, là où le sang de la plupart des humains s’épaissit, provoquant souvent des problèmes cardiovasculaires, résume l’étude, publiée mercredi dans la revue Nature.

"Nous avons des preuves très nettes que cette version du gène provient des Dénisoviens", un humain primitif éteint voici 40.000 à 50.000 ans, assure Rasmus Nielsen, chercheur à l’Université de Californie à Berkeley.

"Cela montre que les humains ont évolué et se sont adaptés à de nouveaux environnements en obtenant leurs gènes d’autres espèces", dit-il dans un communiqué.

L’Homme de Denisova reste mystérieux mais des analyses ADN ont prouvé qu’il a laissé une partie de son génome à certains Homo sapiens : environ 0,2% chez les populations asiatiques et amérindiennes, et jusqu’à 6% pour les aborigènes d’Australie ou les Papous de Nouvelle-Guinée.

De la même manière, tous les humains modernes à l’exception des Africains ont dans leur génome 1,5% à 2,1% d’ADN légué par Néandertal, preuve des croisements qui ont pu se produire entre ces espèces dans un lointain passé.

Le gène baptisé EPAS1 s’active lorsque le taux d’oxygène dans le sang baisse, déclenchant la production d’hémoglobine pour compenser. Mais dans la plupart des cas, il s’emballe à haute altitude, produisant trop de globules rouges qui finissent par épaissir le sang et provoquer de l’hypertension et des attaques cardiaques.

Le "gène tibétain", lui, a une action beaucoup plus modérée et n’entraîne pas ces effets néfastes.

Sa présence chez les population tibétaines a été mise en évidence pour la première fois en 2010, en comparant l’ADN de l’ethnie Han, ultra-majoritaire en Chine, à celui de Tibétains. 87% des Tibétains sont dotés de ce gène, contre seulement 9% des Han, qui ont pourtant les mêmes ancêtres.

A l’époque, Rasmus Nielsen et ses collègues chinois avaient pensé qu’il s’agissait seulement d’un long processus de sélection naturelle ayant permis aux Tibétains de s’adapter à un taux d’oxygène 40% plus faible qu’en plaine.

Une analyse plus poussée a révélé que cette variante génétique n’existait nulle part ailleurs au monde, pas même chez les populations mélanésiennes dont 5% du génome provient des Dénisoviens.

"Nous avons découvert qu’une partie du gène EPAS1 des Tibétains est presque identique à celui des Dénisoviens, et très différent de celui des autres humains", explique M. Nielsen, pour qui cette fameuse variante ne peut donc provenir que de l’Homme de Denisova.

Après le départ d’Afrique de groupes d’Homo sapiens, certains auraient pu rencontrer des populations de Dénisoviens en Eurasie, se croisant avec eux alors qu’ils se dirigeaient vers la Chine. Puis ce groupe se serait scindé, les uns s’établissant au Tibet et les autres colonisant les plaines chinoises.

Des comparaisons avec d’autres génomes sont en cours pour tenter de déterminer à quel moment de l’évolution les Dénisoviens ont pu croiser les ancêtres des Tibétains.

Selon Rasmus Nielsen, "il pourrait y avoir beaucoup d’autres espèces dont nous avons aussi obtenu notre ADN, mais nous ne le savons pas parce que nous n’avons pas les génomes" en question.

Les restes fossiles de l’Homme de Denisova sont extrêmement rares. Ils se réduisent à des fragments d’une phalange d’auriculaire appartenant à une fillette d’environ sept ans, découverts par hasard en 2010 dans la grotte de Denisova du sud de la Sibérie.

PARIS, 2 juil 2014 (AFP)


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