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L’oeil géopolitique

opus 3 d’une série commencée avec les Roms et les Touaregs et consacrée aux nomades

jeudi 16 janvier 2014

On y parle peu de géographie. Rarement de politique. Encore que... On parle juste de la vie des hommes. C’est pareil.

Pour les petits nouveaux, ceci est l’opus 3 d’une série commencée avec les Roms et les Touaregs et consacrée aux nomades.

Là, comme l’indique le titre, on est au Tibet. Terre de nomadisme. Ouais. Pas tout à fait. C’est de la transhumance, c’est pas pareil. Le nomadisme, t’es tout le temps hors de chez toi. La transhumance, tu files dans les paturages au printemps, t’en reviens à l’automne pour passer l’hiver chez toi, au chaud. Normal. Vu la couche de neige en hiver au Tibet, tes animaux vont pas faire du gras.. Donc, les Tibétains, ils nomadisent pas, ils transhument. Tous ? Ben non. Le moine, ça transhume pas. L’épicier non plus. C’est l’éleveur qui transhume. Ça fait combien ? un peu plus de 50 000 personnes

Et donc, quelques copains m’envoient un rapport de l’ONG Human Rights Watch sur le Tibet et la « destruction des nomades ». Dès le titre, t’as la main qui cherche le mouchoir.

Quand tu fais une analyse de discours, la première question est celle du lieu de parole.Là, c’est clair, c’est les USA. La version anticommuniste des USA. D’abord HRW est l’héritière d’une autre ONG créée pour surveiller l’application des Droits Humains en URSS. Pas en Arabie Saoudite ou aux Philippines, non, en URSS. L’indignation ne vaut que sélective.

Après quoi, le but de HRW, c’est l’application de la Déclaration des Droits de l’Homme. Laquelle ? Ben celle de Madame Roosevelt et Monsieur Cassin, pas la vraie, celle de la Constituante. Prémisse : le monde entier doit obéir à un texte occidental, considéré comme un socle juridique universel. On en a parlé ici.

On sait donc qui parle et d’où. L’étude a été menée sur 114 personnes sur une durée de sept ans hors du territoire de la RPC. Peu d’entretiens, tous anonymes (les noms ont été changés), menés sur une longue période et auprès d’une population homogène : les Tibétains ayant choisi l’exil, c’est à dire opposants politiques. Avant d’avoir commencé, on sait que les résultats seront biaisés.

Après, faut voir les arguments. On démarre par le standard, la DDH : tout le monde a droit à la propriété, y compris collective et personne ne peut en être privé sans dédommagement. C’est le cas en Chine : la propriété est collective. Pour les Tibétains, ça ne change pas grand chose. Comme dans toute région de pastoralisme nomade, les pâturages ont toujours été collectifs. Forcément. Si un mec se les approprie, c’est la ruine pour tous. Il y a donc, traditionnellement, une utilisation collective d’une terre qui appartient à tous (ou à personne, ce qui revient au même). Et d’ailleurs, il n’y a nulle privation de terre, les pasteurs ont toujours droit à leurs pâturages.

Que s’est il passé qui justifie un rapport de plus de 100 pages et la colère de Philippe Grangereau dans Libération ? Faut dire que Grangereau, il est souvent en colère contre la Chine. Toujours même. Son dernier truc, c’est d’affirmer que la loi qui supprime les laogai (camps de travail), c’est du pipeau. Grangereau, il a la pensée simple. Si c’est négatif, c’est vrai, si c’est positif, c’est faux. Et c’est ainsi que Libé est un grand journal….

Que s’est-il donc passé ? Ben, le gouvernement chinois a décidé d’améliorer l’habitat au Tibet. Pour ce faire, il a construit des habitations pour les transhumants, pour qu’ils soient mieux installés pendant l’hiver, cet hiver qu’ils passent à la maison. Pour ce faire, il a aussi détruit un certain nombre de vieilles maisons. Trop petites, les maisons. Vu que la baisse de la mortalité infantile a augmenté la taille des familles. Vu que le réchauffement climatique menace les pâturages. Capisco ? Plus de monde, plus de bétail, moins de pâturages. Faut faire quelque chose. Réduire les transhumants et changer les modes de culture.

Et voilà comment fonctionne la désinformation. On passe des transhumants aux nomades…On remplace les 50 000 éleveurs par trois millions de paysans…on prétend qu’a été privatisée une terre qui était déjà collective. On ajoute quelques photos Google qui montrent des bâtiments qui ne feront pas la joie des touristes. Après quoi on glisse vers le génocide « culturel » ce qui ne veut rien dire mais permet de faire penser à la shoah.

Les témoignages, en fait, on en cite une trentaine (j’ai compté). Pas la peine d’interviewer cent mecs pour n’en retenir que trente. Dont certains admettent qu’ils ont profité de la situation pour glisser dans l’opposition politique. Glissements sémantiques, encore et toujours. Manipulation des faits que l’on habille des oripeaux du journalisme.

Hé ! Grangereau, respire avant d’écrire des conneries. Apprends la géographie, ça sert. Sors de Saint-Germain des Prés….Je vais t’emmener dans mes montagnes voir des transhumants. Tu verras, ils sont sédentarisés, ils ont leur maison (depuis trois ou quatre siècles, le plus souvent) et leur place au cimetière. Tu dois rien connaître aux moutons, sauf ceux qui te lisent.

On en reparlera….


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