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lettre ouverte à 19 députés français cosignataires d’une proposition de résolution sur le Tibet

lundi 30 décembre 2013


PROPOSITION DE RÉSOLUTION SUR LE TIBET PRÉSENTÉE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE FRANÇAISE cosignée par 19 députés (tous partis confondus)

Une proposition de résolution qui poursuit 3 objectifs :

1. Réaffirme le droit des Tibétains à la liberté de conscience, conformément à l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et à l’article 36 de la Constitution de la République populaire de Chine et condamne les mesures menaçant la langue, la culture, la religion, le patrimoine et l’environnement du Tibet, prises par les autorités chinoises en violation de ces dispositions ;

2. Rappelle son soutien à la voie médiane prônée par le Dalaï-Lama, dont l’objet, clairement énoncé dans le Mémorandum de 2010, est d’établir non pas l’indépendance, mais un véritable statut d’autonomie pour le Tibet au sein de la République populaire de Chine

3. Souhaite que la France et l’Union Européenne appellent de leurs vœux la reprise du dialogue entre les autorités chinoises et les émissaires du Dalaï-Lama et nomment à ce titre un Coordinateur Spécial Européen pour les Affaires Tibétaines.

LETTRE OUVERTE À CES 19 DÉPUTÉS Madame, Monsieur,

J’ai pris connaissance avec ahurissement de votre proposition de résolution sur le Tibet. N’avez-vous pas d’autres sources d’information que les officines « Free Tibet » ? Trouvez-vous cohérent, en tant que représentants d’une république laïque, de faire allégeance au représentant d’une théocratie ? Aveuglés par vos préjugés antichinois, vous déformez la réalité.

1. Menace contre la langue ? Alors que, sous l’Ancien Régime, l’analphabétisme dépassait les 90%, la langue tibétaine est aujourd’hui obligatoirement enseignée dans les écoles primaires et souvent pratiquée dans le secondaire. Il se publie aujourd’hui au Tibet plusieurs revues littéraires en tibétain. Même si les locuteurs tibétains ne sont que 0,4% de la population totale de la Chine, leur langue est hyper-protégée, bien plus que nombre de langues minoritaires en Europe et dans le monde. Menace contre la culture ? Quand on se rend au Tibet, on peut constater la vitalité de la culture populaire. Les artistes y utilisent les formes modernes d’expression. La médecine tibétaine traditionnelle, déjà mise à l’honneur dans le grand musée de Xining, va bientôt bénéficier d’une banque de données. De plus, il y a en Chine, hors Tibet, plusieurs instituts de tibétologie dans lesquels travaillent de nombreux chercheurs. L’accusation de « génocide culturel », ressassée usque ad nauseam par l’« Océan de Sagesse », n’est qu’une fable, démentie par les faits et les études universitaires indépendantes. Menace contre la religion ? La première chose qui frappe quand on met les pieds au Tibet, c’est l’opulence des monastères, l’omniprésence des moines et la ferveur des pèlerins. La liberté des cultes est garantie au Tibet, et pas seulement pour les bouddhistes : il existe ainsi deux mosquées à Lhassa. Ce que la Chine combat, ce n’est plus la religion (comme pendant la Révolution culturelle), mais l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques. À propos des immolations (et de ceux qui en portent la responsabilité), voir le site www.tibetdoc.eu (rubrique : conflits). Menace contre l’environnement ? Pour faire face aux défis écologiques liés à la croissance démographique et accentués par le dérèglement climatique, les autorités de la Région autonome du Tibet (RAT) ont initié des programmes ambitieux :
- reboisement (notamment dans le triangle Lhassa-Shigatse-Gyantse),
- utilisation de l’énergie éolienne (dans la préfecture de Nagchu),
- utilisation de l’’énergie hydroélectrique (barrage de Pondo),
- utilisation de l’énergie solaire (entre autres, dans d’immenses parcs de serres).

2. Un véritable statut d’autonomie ? Mais il existe déjà au Tibet. Si les orientations générales sont définies à Pékin pour la Chine entière, les Régions autonomes, comme la RAT, disposent d’une large liberté pour adapter à leurs réalités la législation nationale dans les matières culturelles, sociales, familiales, environnementales, fiscales, etc., un peu comme les 28 États de l’Union européenne par rapport aux directives de Bruxelles. La revendication d’« autonomie réelle », d’« autonomie avancée » ou de « voie médiane » cache, en réalité, un fantasme d’indépendance. (Lire à ce sujet Pas si zen. La face cachée du dalaï-lama de Maxime Vivas, éd. Max Milo, 2011, p.63-78).

3. Un Coordinateur Spécial Européen pour les Affaires Tibétaines ? Soyons sérieux : pourquoi pas un Coordinateur Spécial Chinois pour les Affaires Corses, Catalanes, Basques, Écossaises, etc. ?

Au plaisir d’enregistrer vos commentaires, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

André Lacroix, auteur de la traduction Mon combat pour un Tibet moderne. Récit de vie de Tashi Tsering (éd. Golias, 2010) andre.lacroix@base.be

2014-01-03 : ajouté en annexe quelques réactions des senateurs. Lecture intéressante...


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