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Les pauvres au Tibet, de quoi ont-ils l’air ?

mercredi 1er décembre 2010, par Jean-Paul Desimpelaere

Miteux bien sûr. Ils vivent donc avec moins de 4 euros par jour pour une famille de cinq par exemple. Nombre de choses coûtent dix fois moins cher là-bas que chez nous, donc on pourrait dire qu’ils disposent de 40 euros par jour. Mais il y aussi des choses plus onéreuses, un gsm coûte presque la même chose qu’ici. Et quand ils vont à la messe (ce qui ne se fait pas chaque jour, ni chaque semaine) ils dépensent facilement une dizaine d’euros dans les multiples troncs à donations. Ils vont saluer presque toutes les icônes et un moine vigilant veille à ce que la dévotion rapporte.

Un exemple de famille pauvre (rencontrée en 2007) :

Une famille de 6 personnes, 2 vieux parents, un fils et une fille et deux petits-enfants. Le père des petits-enfants était décédé et son frère avait repris son épouse. Mais les deux hommes partageaient déjà la même femme avant qu’il ne meure. Leur activité économique : ils ont 400 moutons et aucune autre activité. Ils vivent dans une région aride et reculée à 5000m d’altitude et ont 30 km2 de maigres herbages mis à leur disposition. Leur revenu financier annuel est de 500 euros pour toute la famille. Leur maison : des briques d’argile séchées au soleil montées contre une structure de branches tressées, deux pièces de vie, de la terre battue sous les pieds, une table, une armoire vide, un vieux petit écran de télé (si, si !), pas d’assiettes pour manger. Ils étaient en train de défaire la viande de grosses cuisses de mouton, le bouillon servait de boisson (à la louche). Leurs vêtements : des vestes en peau de mouton (pas de chauffage dans la maison, à part la cuisinière au charbon) et un gros pantalon acheté mais qui n’avait certainement pas été lavé depuis des mois. Eux non plus d’ailleurs. Moyens de transport : une moto. Où vont-ils chercher l’électricité pour leur petite télé ? Le gouvernement leur a offert quelques panneaux solaires et l’appareillage pour transformer l’énergie stockée en courant alternatif. Pour quoi ont-ils besoin d’argent ? Pour l’antenne parabolique... Pour quelques vêtements bien sur, surtout pour les enfants ; pour du beurre (pour leur thé au beurre), pour des thermos (pour garder l’eau ou le thé au beurre chauds), pour un peu de thé, pour le charbon, pour une horloge, la liste est longue.

À ce jour, ils doivent avoir déménagé à la ville (la ville le plus proche est à 500 km !). En 2007, ils m’ont raconté qu’ils allaient faire cela pour l’éducation des petits-enfants. Là où ils vivaient à ce moment là il n’y avait qu’une école primaire et le plus grand des enfants avait déjà douze ans.

Il y a encore à peu près 8% des tibétains qui vivent sous le seuil de pauvreté. Dans le reste de la Chine, c’est à peu près 4%. L’environnement y est cependant un peu moins rude.

L’état de santé de cette famille, me demandait quelqu’un ? Je ne les ai pas auscultés. Ils avaient l’air normaux et sales. Je n’ai pas demandé non plus de quoi était mort un fils qu’ils avaient perdu. Peut-être qu’il a simplement été mangé par les loups (oui, il y en a). Cela me fait penser à autre chose. Les gens là-bas sont généralement armés. Bien qu’il n’y ait pas en Chine d’armureries, ni de permis de port d’armes enregistrés. Ce sont de vieux fusils ou des armes ramenées clandestinement d’Inde. La prévention contre la violence en Chine se résume à l’interdiction pure et simple du commerce d’armes à feu. Du coup, on n’y voit pas de fusillades comme aux États-Unis. Mais les Tibétains des grandes plaines aiment avoir un fusil. Ils étaient chasseurs également, malgré que le dalaï-lama prétende que « son » peuple ne ferait pas de mal à une mouche. Mon oeil, « son » peuple mange du bétail et il ne le mange pas vivant. Cependant, aujourd’hui, la chasse est interdite (depuis +/- 30 ans), mais il y a encore des braconniers. Quand ceux-là se font prendre, ils écopent de lourdes peines de prison !

Tanggula, entre le Qinghai et le Tibet.

Sur une surface de 300 x 200 km (deux fois la Belgique) vivent 194 familles, principalement des bergers. Une trentaine de familles de bergers vivent ensemble dans un petit village ordonné, où il y a même une route betonnée. Le village est à distance de marche de la route longue de 1120 km qui va de Golmud (Qinghai) à Lhassa (Tibet). Le long de la route à cet endroit il y a une rangée de quelques dizaines de baraques, prévues pour que les camionneurs fassent un arrêt : manger, dormir, réparer un pneu qui fuit, faire le plein et d’autres bricoles. À vue de nez, il y a une trentaine d’autres familles qui y ont leur activité. Dans le village, il y a l’eau de distribution, mais pas dans les maisons, seulement sur une place centrale. On se trouve dans la plaine étendue – à 5000m d’altitude – où le Yangze, le Fleuve Bleu, prend sa source. Il ne faut pas creuser profond pour trouver de l’eau potable. La première ville un peu conséquente se trouve à 270 km de là, vers le sud, à l’intérieur même du Tibet.

Une politique d’émigration est prévue pour les gens de cette région. L’impact humain sur l’environnement, via le bétail dans les rares herbages, est devenu trop important (trop de gens, trop de bétail, baisse des précipitations et hausse de la température). Le gouvernement local met de nouvelles petites maisons à disposition dans la périphérie de la ville de Golmud et offre à ces familles 600 euros de soutien annuel, garantis pendant dix ans, qu’ils trouvent du travail ou non. Et ils n’y trouvent pas encore facilement du travail. J’ai visité deux de ces « nouveaux » villages. Deux des activités de ces gens : vendre des produits de l’artisanat tibétain ou travailler dans la construction, mais encore sommairement. Le syndicat local organise des formations pour eux : électricité, plomberie et autres techniques élémentaires.


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