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“Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama)

vendredi 10 avril 2009, par Jean-Paul Desimpelaere

Le 14e dalaï-lama ne fait que prôner partout dans le monde que son ‘gouvernement en exil’ est ‘déjà’ un “régime démocratique”, ayant ainsi « une longueur d’avance sur la Chine ». Un journaliste australien a examiné d’un peu plus près ce ‘gouvernement en exil’ et il y a trouvé plusieurs membres de la famille du 14e dalaï-lama aux plus hauts postes, ces dernières décennies. J’y ajoute quelques infos venant de ma propre recherche. (Michael Backman, 23/5/2007. “Australian financial review”).

Dans les hautes sphères de la communauté tibétaine en exil, nous trouvons plusieurs membres de la famille du 14e dalaï-lama.

Des cinq ‘ministres’ que compte l’actuel ‘gouvernement tibétain en exil’, deux sont des membres de la famille du 14e dalaï-lama. Mais tous ses frères, sœurs, beaux-frères et belles-soeurs occupent ou ont occupé des postes clés.

* Thubten Norbu (Taktse rinpoche) (décédé en 2008), lama et frère aîné du 14e dalaï-lama, était le représentant du dalaï-lama aux USA et directeur de “Radio Free Asia”, une radio subsidiée par les USA.

* Un autre frère, un peu plus âgé que le dalaï-lama, Gyalo Thondup, est la personne la plus puissante après le dalaï-lama. Il était ‘premier ministre en exil’ (1991-1993) et ‘ministre de la sécurité’ (1993-1996). Depuis 1951, Gyalo Thondup assure pour la communauté tibétaine en exil le lien avec la CIA. Gyalo possède des résidences privées à Delhi, Darjeeling, Colombo et Hongkong (e.a.).

* une soeur cadette, Jetsun Pema, était ‘ministre de la santé’ de 1990 à 1993. Pendant presque toute la durée de sa vie en exil, elle a dirigé le “Tibetan Children’s Village”, une institution qui accueillait une grande partie des ‘dons’ venant de l’étranger et destinée à la communauté tibétaine en exil. Jetsun Pema était un des membres fondateurs du “Tibetan Youth Congres, TYC”, le groupe puissant des radicaux au sein de la communauté tibétaine en exil.

* son mari, Tempa Tsering, est actuellement ‘ministre de l’information et des relations internationales’, depuis 2006.

* le plus jeune des frères du 14e dalaï-lama, lama Ngari Rinpoche, était le deuxième président du TYC. Il a servi pendant cinq ans comme officier dans l’armée tibétaine en Inde (Special Foreign Forces). Après, il est devenu le secrétaire privé du dalaï-lama.

* sa femme, Rinchen Khando Choegyal, était instructrice pour les femmes soldats des “Special Foreign Forces”. A partir de 1993, elle est devenue la présidente du “Tibetan Women’s Association” et ‘ministre de l’enseignement’ pendant huit ans. Dans cette dernière fonction elle pouvait décider quels étudiants tibétains recevraient une bourse pour aller étudier aux USA.

* Takla Phuntso Tashi, le mari d’une autre soeur du 14e dalaï-lama, Dolma Tsering (décédée en 1964), a dirigé le ‘bureau des relations internationales’ des Tibétains en exil et a servi comme ‘ministre de la sécurité’, dans les années 70. Leur fille est membre du ‘parlement en exil’.

* Kesang Yangkyi Takla, la deuxième femme de Takla Phuntso Tashi, a dirigé également le ‘bureau des relations internationales’, et a servi comme représentante du dalaï-lama en Europe du Nord. Elle est actuellement (depuis 2006) ‘ministre de la santé’.

* un frère cadet du 14e dalaï-lama, Lobsang Samden, était son secrétaire privé, de 1952 à 1956. Après, en exil, il a occupé pendant longtemps le poste de ‘ministre de la santé’. Sa femme était sa secrétaire et l’a relayé pendant un certain temps en tant que ‘ministre de l’enseignement’.

La famille entière du 14e dalaï-lama a cumulé (et contrôle encore) une série de pouvoirs politiques importants au sein de la communauté tibétaine en exil (120.000 personnes), contrôlant ainsi également les importants flux financiers ‘d’aide étrangère’.

9 Messages de forum

  • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama)

    10 avril 2009 21:18, par phil-
    Quand on mélange à ce point pouvoir religieux et pouvoir politique, on peut aussi penser à y ajouter une dose de familial. Quoi de plus normal ? Après tout ce n’est qu’une façon de pratiquer la démocratie. Il y en a tant d’autres ... A chacun la sienne. Toute la question n’est-elle pas finalement de savoir quelle démocratie on pratique ?
  • Une "vraie démocratie" à l’occidentale. Ils ont bien appris les rimpoche. Le problème est que dans notre "vraie démocratie" occidentale, les vrais médias neutres et objectifs ne feront jamais état de vos vraies assertions. Le monde de nos médias est plus fermé et inaccessible à ceux qui disent la vérité que le monde du dalaï-lama. Un ex-journaliste en perpétuelle colère. Gérard de Sélys
  • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama)

    2 juillet 2009 11:06, par Nicolas

    Plus je parcours les sites sur le Tibet plus je m’aperçois que certain sont pro Dalaï Lama et d’autres Pro-PCC, les avis sont très souvent tranchés blanc ou noir, rarement très objectif.

    Ainsi cet article se contente de critiquer l’actuel gouvernement en exil en oubliant les progrès accomplis. Il me semble quand même qu’il y eu pas mal de chemin parcouru depuis l’ancien régime qu’on pouvait qualifier de dictatorial et théocratique.

    Pourquoi critiquer aussi amèrement l’actuel gouvernement tibétain en exil en l’accusant d’un certain retard sur des démocraties plus vieilles alors qu’on ne cesse de nous rabâcher que la Chine ne deviendra pas une démocratie en 1 jour, que les progrès accomplis sont déjà grands, qu’il faut lui laisser le temps de se construire en trouvant son propre modèle.

    Le gouvernement tibétain en exil, était très en retard par rapport a celui de la chine, mais aujourd’hui on y vote librement, on y prône la liberté d’expression, la liberté de la presse.

    Est-il vraiment surprenant que de tibétain veuillent élire Jetsun Pema au gouvernement quand on connait le grand respect qu’éprouve grands nombres de tibétains pour elle.

    Qu’un frère de Dalaï Lama fut premier ministre, et que maintenant le peuple est élu quelque d’autre à sa place, est-ce vraiment une preuve de dictature familiale ?

    Le problème tibétain est complexe, beaucoup plus qu’une histoire de guerre de clans DL/PCC.

    Dommage que les « experts » ne fassent qu’un travail de surface.

    Je réagis à cet article mais ma réflexion s’applique aussi à bons nombres d’articles lus sur ce site et ailleurs.

    Nicolas

    • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama) 3 juillet 2009 22:33, par Jean-Paul Desimpelaere
      Merci pour votre réaction ! Mais je vous conseille quand même de lire attentivement la "Charte des Tibétains en exil" (disponible sur le site du "gouvernement en exil"). Il y est clairement stipulé que le dalaï-lama dispose de pouvoirs spéciaux dans beaucoup de domaines. Et une note à part : on y trouve aussi que la "citoyenneté" tibétaine est liée à l’origine ethnique !
      • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama) 6 juillet 2009 11:56, par Nicolas

        Mais en Chine les nationalités sont aussi liées a l’ethnicité, dans la loi chinoise n’est pas mandchou qui veut. Tout dépend de l’origine ethnique. Et ceci vaut pour les 56 nationalités chinoises.

        A noter aussi qu’un chinois résidant et travaillant à Pékin, n’a pas les mêmes droits qu’une personne originaire de pékin, notamment en matière de droit à la scolarité.

        Ne vous choquez pas tant de voir qu’un système qui était encore en 1950 une complète dictature ne soit pas encore une démocratie parfaite (si tant est qu’il existe une démocratie parfaite quelque part). Il faut un minimum de temps pour que les choses et les mentalités évoluent. Les récentes déclarations du DL vont le sens du retrait politique du rôle des Dalaï Lamas.

        A noter qu’en Chine, la séparation Religion/Etat n’est pas vraiment faite. Le gouvernement chinois s’implique dans des décisions religieuses, comme la nomination ou la destituions de lamas.

        Le système des exilés est sans doute encore une imperfection démocratique mais trouve sa légitimité dans les défauts du système Chinois.

        Peut-être que le meilleur moyen de d’illégitimer le gouvernement tibétain en exil, serait de travailler sur les causes de l’exil et d’y répondre.

        • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama) 6 juillet 2009 13:39, par Jean-Paul Desimpelaere
          "Nationalité" et "citoyenneté" sont différentes dans ce cas-ci. Selon les exilés : peut être ’citoyen Tibétain’ (droit de vote, etc.) ’tout Tibétain qui est née au Tibet ou à l’étranger mais descendant d’une famille tibétaine née au Tibet’. Cela va plus loin que de cataloguer les citoyens d’un seul pays en ’56 nationalités’. Pour le reste : la Chine vient de mettre fin à la discrimination envers les ’travailleurs migrants’. Et la cause de l’exil : pour moi c’est essentiellement à cause des terres que ces familles (laïques et cléricales)ont perdues (surtout au Sichuan à partir de 1956 et puis au Tibet même après la révolte échouée de 1959).
          • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama) 6 juillet 2009 15:46, par Nicolas

            Oui, j’ai aussi lu dans Xinhua que des textes de lois établissaient la fin la discrimination envers les ’travailleurs migrants’. C’est un pas de plus. Reste à ce que cela passe dans les mœurs. Ce qui va être assez variables souvent les régions de Chine à mon avis.

            Que les tibétains nés en exil, se considèrent comme citoyens tibétains et ne me choquent pas vraiment.

            Que des familles ayant étés expropriées aient fuit le Tibet dans les années 50,60 je n’en doute pas, que ce soit encore aujourd’hui la cause essentielle de l’exil, là c’est autre chose. Et a mon avis ce sont sur les causes présentes qu’il faut travailler.

            Pourquoi après tant d’années, maintenant que la Chine à libéré le Tibet du servage et apporté le progrès, des milliers de tibétains éprouvent-ils encore une envie si forte pour l’exil. Qu’est ce qu’ils vont chercher dans l’exil qu’ils ne peuvent avoir au Tibet ?

            A mon avis c’est à cette question que doit répondre le gouvernement chinois pour éviter la prolifération des séparatistes.

            • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama) 6 juillet 2009 17:25, par Jean-Paul Desimpelaere
              D’accord qu’une nouvelle loi en Chine ne signifie pas tout de suite "application intégrale" ! Mais encore ceci : la Chine a longtemps freiné le déplacement "libre" de ses citoyens, par le fameux "hukou" (travail, résidence, école, etc). Après coup, je crois que c’était nécessaire, car le développement économique à l’époque ne permettait pas une vie décente en "libre" circulation : cela aurait engendré des bidonvilles. Concernant la "citoyenneté tibétaine" : il faut bien lire la phrase de la "Charte", je crois, elle implique que des personnes nées au Tibet mais de nationalité Han, Hui, Miao, Yi, etc ne reçoivent pas la "citoyenneté tibétaine" dans un "futur Tibet libre". Certes, il y a des Tibétains qui quittent le Tibet actuellement. Pas des milliers par année comme certaines sources prétendent. Les raisons ? Je résume (donc trop simplifié, la réalité est plus variée) : étudier plus vite l’anglais, carrière religieuse plus importante si pas internationale, ennuis avec la police tibétaine, raisons économiques. Mais j’en connais pas mal qui sont "revenus au pays", depuis les années 1980. Les deux flux (in and out) se tiennent en équilibre, car la communauté tibétaine en exil ne croît pas, en chiffres absolus : 120.000 Bien à vous
              • “Démocratie pour ma famille” (14e dalaï-lama) 7 juillet 2009 09:04, par Nicolas

                « Revenir au pays » est le but de beaucoup d’exilé partis étudier en Inde. C’est aussi la volonté de la plupart des directeurs d’écoles des TCV, que les enfants une fois finis leur études retournent au pays. Chose qui semble devenu plus compliquée cette année, la peur des séparatistes entrainent des problèmes à ceux dont l’envie n’est que de se construire une vie décente. Les cas que je connais personnellement sont des enfants venus chercher une éducation à laquelle y n’avaient pas accès en Chine. Je ne pourrais dire si les exilés religieux, ou ceux qui ont eu des problèmes avec la police ont cette même envie de revenir au pays.

                Je suis content que vous soyez capable de passer d’une vision très caricatural (les exilés sont d’anciens propriétaire terriens expropriés, a une plus large (études, carrière, pb avec la police, carrière religieuse). J’espère de pouvoir lire sur votre site à l’avenir des articles avec une vision plus ouverte.

                Au plaisir de vous lire.

                Nicolas


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